"J'y nomme or puis nerf.
Sensitif, caustique.
Il vaut il est, sur tout pore, pore césar, pore cet état.
Livre à leçon a. Livre à. Leçon. A. Livre à leçon, a."
[Traduction de Martin Richet]"J'y nomme or puis nerf.
Sensitif, caustique.
Il vaut il est, sur tout pore, pore césar, pore cet état.
Livre à leçon a. Livre à. Leçon. A. Livre à leçon, a."
[Traduction de Martin Richet]
l'eau maléfique
dans mon rêve
a vidé
leurs villes
comme ma bouche
une béance
& dans le sang
ils brûlent
ils les transforment
en fumée
[Jerome Rothenberg, Seedings and other poems, 1996]
TACITA DEAN
A LA LUMIERE DE LA MER
« a reflué dans un passé plus éloigné qu’il n’est strictement chronologique »
va encore pleuvoir et le bassin de lumière à verse va pleuvoir et ferai-je face et marche arrière
à travers la plaine aquatique, dessinée, toute petite, précise, un paysage marin in-fini, une scintillation de vol, un silex frappé, mû muet igné ou juste la voix blanche du bruit blanc de la mer parlant au travers.
La mer
est toujours au travers.
Un paysage marin, à la différence d’un paysage terrestre — bien que tous deux opèrent en créant plus de distance que la scène ne pourrait effectivement en contenir — vous fait croire que vous êtes en dehors du cadre, mais ceci c’est une illusion, et vous croyez que c’est cela qui vous apaise, mais non ; c’est le roulement de l’horloge dans la mer.
Quoique mieux connue pour ses films, Tacita Dean débuta sa carrière
en dessinant ; parmi ses premiers dessins fondateurs, certains étaient à la craie sur deux tableaux noirs de 4’ par 8’, l’un au-dessus de l’autre au mur de son studio.
Dessiner c’est, dedans l’éphémère, une marque qui fut cicatrice au départ et qui de loin
devient un verbe. Et juste comme un bateau engendre une grève un navire, un rift dans le temps, éveillée par une secousse
la mer continuait la mer.
Et comme telle dans la craie perdue dans le noir effacée
Souvent, à considérer la désolation de la mer, je l’imagine un lieu que n’altère pas le passage du temps, un monde préhistorique rare où un être humain peut vraiment être perdu.
était maintenant une main dans la brume
son nom balayé
(ne fut jamais entendu)
brandissant une lanterne
tandis que soufflait la craie en tempête —
A un moment, elle fit seize tableaux noirs ayant tous pour sujet s’en aller. Aller efface — strate après strate — le passé en un palimpseste, qui est aussi une image mobile en voyage à travers le temps lui aussi strates en dérive
et puis à nouveau traça : Seize Tableaux noirs, 1992 aura été l’un de ses premiers projets majeurs, elle y explorait en fait déjà comment déplacer une image à travers le temps — ou plutôt comment obtenir du temps qu’il fasse avancer une image — car ce fut par le mouvement progressif de ces images fixes qu’elle est passée au film.
Dean réalisa ses premiers films avec une Cannon Standard 8mm ayant appartenu à son père, lui-même le fils du fondateur des Studios Ealing. Elle avait l’espoir de se perdre.
Et puis elle trouva un livre : Le Dernier des navires à voiles, dans lequel une jeune femme entreprenante animée de la ferme intention de se perdre soudain perdit la mer.
Et ainsi d’autres tableaux noirs encore : Passagère clandestine, 1994, dans lequel la jeune femme voyagea de Port Lincoln à Falmouth en 1928 pour sombrer au large de la Baie de Starehole. Qui plus tard fit un mémoire, Le Logbook d’une fille heureuse, d’un fantôme de craie d’une femme quelque part
dans la mer elle-même perdue en pensée devint un navire glissant constamment le long d’un golfe de lumière qui abrasa le visage qui effaça la fille dans un naufrage de soleil.
Où s’enracine le double intérêt de Dean pour l’analogue et l’anachrone. Mais cette fantaisie appartient au monde analogue : le monde où l’on pouvait encore se perdre… Peut-être que se perdre, ou plutôt disparaître hors de vue, est devenu un anachronisme…
Je courtise l’anachronisme.
Le mot, sous une forme ou sous une autre, apparaît au moins six fois dans les Ecrits choisis 1992-2011, et le concept commande nombre de ses projets :
Kodak, 2006: sans un soupir ou hochement de tête à tout ce que sommes en train de perdre. Dans son œuvre filmique, la matérialité du médium joue un rôle central, et
elle se consacre tout entière au film par opposition à d’autres façons d’obtenir des images qu’elles se meuvent, telles que la vidéo, bien qu’elle réalise que le film soit, lui-même, un médium toujours plus anachronique, inexorablement conduit à l’obsolescence — un mot qui apparaît au moins dix fois dans le même volume. Quelques-uns de ses projets fixes, aussi : GAETA, 2015 — cinquante photos de l’atelier de Cy Twombly imprimées sur le dernier papier photographique Cibachrome disponible.
La course à l’Histoire qui hante son médium principal infiltre son contenu pour le hanter pareillement : J’ai cette disposition bizarre de filmer les choses et qu’elles disparaissent ensuite. Et s’infiltre jusque dans sa vie quotidienne : Dès que j’aime quelque chose, Wouf ! Cela semble soudain disparaître.
Son film de 1991 Ztrata, réalisé à Prague, dans lequel le mot signifie perte ou disparition : une jeune enseignante l’écrit au tableau noir en lettres capitales, puis l’essuie avec un chiffon qu’elle jette par la fenêtre ouverte.
L’analogue et l’anachrone — « être à la mer » c’est être spatialement perdu dans un monde continuum homogène, tout comme est anachronique ce qui est perdu dans le temps homogène. Avec perte et limite en relation inverse, et toutes les deux par le temps comme laissées intactes comme est intact le temps lui-même.
Et bien que la mer puisse sembler inaltérée par le passage du temps, ce n’est pas pour être intemporelle au sens transcendant d’éternité, mais pour être temps, pour fusionner avec la totalité du temps en une seule fois à travers une présence qui englobe tous les temps du verbe.
Par exemple, Comment mettre un bateau en bouteille, 1995 : Pour mieux saisir l’impact du naufrage du navire à bord duquel la fille s’était cachée, on fabrique une mince réplique du vaisseau, l’Herzogine Cecilie, et on apprend ensuite comment plier celle-ci, comment la glisser par le goulot d’une bouteille, et comment la regarder déplier son histoire alterne, chevaucher sa mer de verre, pleuvoir dans une mer de lumière, sa propre côte, que le temps couvrira de poussière, étendra dans une strate infinitésimale de poussière sur l’eau.
Et se relie à Poire prisonnière, 2008, les poires cultivées à l’intérieur des bouteilles de la liqueur de fruit connue sous le nom de Poire William. Transforme la poire en un vaisseau prenant la mer. On voit une seule poire ou une flotte d’entre elles faisant des traversées océaniques dont un transatlantique ne serait pas capable, ni le navire le plus léger
ses voiles éblouies de lumière
tandis que la lumière déversait
un calme
peut être aussi dangereux que n'importe quelle tempête.
Sur les plages de la Californie centrale tout au long des années 1960, des flotteurs de verre aux couleurs vives, conçus pour soutenir des filets de pêche au large des côtes japonaises, venaient parfois s'échouer le long du rivage. Et des oiseaux flottent au travers, et des araignées et des semences portées par le vent, et tous ensemble moins vulnérables que la gloire des voiliers enchevêtrés faisant voile infiniment.
Disparition en mer, 1995, ce furent tout d’abord des séries de tableaux noirs, dont elle fit ensuite un film en 1996. Dans celui-ci, nous regardons toujours vers l’extérieur, pris dans une vaste lessive du large, le phare à nos côtés, notre guide. Je choisis toujours des situations où la lumière est très importante. La lumière est toujours un personnage. La lumière est toujours une maison dans laquelle nous nous arrangeons pour vivre.
Coule
dit le navire
à pic coule
Non, dit le navire
vêtu de neige.
Oh non
Un navire comme celui-ci
a toujours dit oui.
(Nightboat Books New York)
'Nous faisons quoi dans ces corps', dit l'homme qui se préparait à s'étendre sur le lit à côté du mien.
Sa voix n'avait pas un ton interrogatif, ce n'était peut-être pas une question, c'était juste un constat, à sa manière, en tout cas c'eût été une question à laquelle je n'aurais pu répondre. La lumière qui venait des quais de la gare était jaune et dessinait sur les murs décrépis son ombre maigre qui se déplaçait dans la pièce avec légèreté, avec prudence et discrétion, me sembla-t-il, comme se déplacent les Indiens. Du lointain venait une voix lente et monotone, une prière peut-être ou bien une plainte solitaire et sans espérance, comme ces plaintes qui n'expriment qu'elles-mêmes, sans rien demander. Il était impossible pour moi de la déchiffrer. L'Inde était aussi cela : un univers de sons aplatis, indifférenciés, indiscernables.
'Peut-être que nous voyageons dedans', dis-je.
Un peu de temps avait dû s'écouler depuis sa première phrase, je m'étais perdu dans des considérations lointaines : quelques minutes de sommeil, peut-être. J'étais très fatigué.
Il dit : 'comment avez-vous dit ?'.
'Je parlais des corps', dis-je, 'peut-être qu'ils sont comme des valises, nous nous transportons nous-mêmes'.
Sur la porte il y avait une veilleuse bleue, comme dans les compartiments des trains de nuit. En se mélangeant avec la lumière jaune qui venait de la fenêtre elle créait une lumière olivâtre, presque un aquarium. Je le regardai et dans la lumière verdâtre, presque endeuillée, je vis le profil d'un visage pointu, avec un nez légèrement aquilin, les mains sur la poitrine.
'Vous connaissez Mantegna ?', lui demandai-je. Ma question aussi était absurde, mais pas plus que la sienne, certes.
'Non', dit-il, 'c'est un Indien ?'.
'C'est un Italien', dis-je.
'Je connais seulement les Anglais', dit-il, 'les seuls Européens que je connaisse sont anglais'.
La plainte lointaine reprit avec une intensité accrue, elle était désormais très aiguë, un instant je pensai à un chacal.
'C'est un animal', dis-je, 'vous, qu'en pensez-vous ?'.
'Je croyais que c'était un ami à vous', répondit-il à voix basse.
'Non, non,', dis-je, 'je parlais de la voix qui vient du dehors, Mantegna est un peintre, mais je ne l'ai pas connu, il est mort depuis quelques siècles'.
L'homme respira profondément. Il était vêtu de blanc mais n'était pas musulman, cela je le compris. 'Je suis allé en Angleterre', dit-il, 'mais je parle aussi le français, si vous préférez nous parlerons français'. Sa voix était complètement neutre, comme s'il faisait une déclaration devant le guichet d'un bureau gouvernemental ; et, qui sait pourquoi, cela me troubla. 'C'est un jaïniste', dit-il après quelques secondes, 'il pleure sur la méchanceté du monde'.
Je dis : 'Ah, oui', parce que j'avais compris qu'il parlait à présent à la plainte qui venait du lointain.
'A Bombay il n'y a pas beaucoup de jaïnistes', dit-il ensuite avec la voix de quelqu'un qui expliquerait la chose à un touriste, 'dans le Sud si, ils sont encore nombreux. C'est une religion très belle et très bête'. Il le dit sans aucun mépris, toujours avec son ton neutre de déposition.
'Vous, qu'est-ce que vous êtes ?', demandai-je, 'je vous prie d'excuser mon indiscrétion'.
'Je suis jaïniste', dit-il.
L'horloge de la gare sonna minuit. La plainte lointaine cessa d'un coup, comme si elle avait attendu le temps de l'horloge. 'Un nouveau jour a commencé', dit l'homme, 'à partir de ce moment c'est un autre jour'.
Je demeurai silencieux, ses affirmations ne laissaient pas de place aux échanges. Quelques minutes passèrent, il me sembla que les lumières des quais s'étaient affaiblies. La respiration de mon compagnon s'était faite lente et calme, comme s'il dormait. Quand il parla encore j'eus une espèce de soubresaut. 'Je vais à Varanasi', dit-il, 'vous, où vous rendez-vous ?'.
'A Madras', dis-je.
'Madras', répéta-t-il, 'oui, oui'.
'Je voudrais voir le lieu où l'on dit que l'apôtre Thomas subit son martyre, les Portugais y construisirent une église au seizième siècle, je ne sais pas s'il en est resté quelque chose. Et ensuite je dois aller à Goa, je vais consulter une vieille bibliothèque, c'est pour cela que je suis venu en Inde'.
'C'est un pèlerinage ?', demanda-t-il.
Je dis que non. Ou alors, oui, mais pas dans le sens religieux du terme. C'était plutôt un itinéraire privé, comment dire ?, je cherchais juste des traces.
'Vous êtes catholique, je suppose', dit mon compagnon.
'Tous les Européens sont catholiques, d'une certaine manière', dis-je. 'Ou du moins chrétiens, c'est pratiquement la même chose'.
L'homme répéta mon adverbe comme s'il le dégustait. Il parlait un anglais très élégant, avec de petites pauses et des conjonctions légèrement traînantes et hésitantes, comme on en use dans certaines universités, je m'en souvenais. "Practically... Actually", dit-il, 'quels mots curieux, je les ai entendus tant de fois en Angleterre, vous autres Européens employez souvent ces mots-là'. Il fit une pause plus longue, mais je compris qu'il n'en avait pas fini avec son discours. 'Je n'ai jamais réussi à établir si c'était par pessimisme ou par optimisme', reprit-il, 'vous, qu'en pensez-vous ?'
Je lui demandai s'il pouvait mieux s'expliquer.
'Oh', dit-il, 'il est difficile de s'expliquer mieux. En fait, je me demande parfois si c'est un mot qui marque de l'orgueil ou si au contraire il exprime seulement du cynisme. Et aussi une grande peur, peut-être. Vous me comprenez ?'.
'Je ne sais pas', dis-je, 'ce n'est pas très facile. Mais peut-être le mot 'pratiquement' ne veut-il pratiquement rien dire'.
Mon compagnon rit. C'était la première fois qu'il riait. 'Vous êtes très fort', dit-il, 'vous avez eu raison de moi et dans le même temps vous m'avez donné raison, pratiquement'.
Je ris à mon tour, et puis je dis rapidement : 'en tous cas, en ce qui me concerne, c'est pratiquement de la peur.'
Nous nous tûmes un moment, puis mon compagnon me demanda la permission de fumer. Il fouilla dans un sac qu'il tenait à côté du lit et dans la pièce se répandit l'odeur de ces cigarettes indiennes petites et parfumées, faite d'une seul feuille de tabac.
'Un jour j'ai lu les Evangiles', dit-il, 'c'est un livre très étrange'.
'Seulement étrange ?', demandai-je.
Il eut une hésitation. 'Plein d'orgueil aussi', dit-il, 'soit dit en passant et sans méchanceté'.
'J'ai peur de ne pas très bien comprendre', dis-je.
'Je parlais du Christ', dit-il.
L'horloge de la station sonna minuit et demi. Je sentais que le sommeil s'emparait de moi. Du parc derrière les voies arriva le croassement des corbeaux. 'Varanasi, c'est Bénarès', dis-je, 'c'est une ville sainte, vous aussi vous partez en pèlerinage ?'.
Mon compagnon éteignit sa cigarette et toussa légèrement. 'Je vais mourir', dit-il, 'il me reste quelques jours à vivre'. Il installa le coussin sous la tête. 'Mais peut-être serait-il opportun de dormir', continua-t-il, 'nous n'avons que quelques heures de sommeil, mon train part à cinq heures'.
'Le mien part peu après', dis-je.
'Oh n'ayez crainte', dit-il, 'un employé viendra vous réveiller à temps. Je suppose que nous n'aurons plus l'occasion de nous voir sous la forme actuelle de ces valises par laquelle nous nous sommes connus. Je vous souhaite un bon voyage'.
'Bon voyage à vous aussi', répondis-je.
Antonio Tabucchi, Notturno indiano, Parte prima, IV, Sellerio editore Palermo, 1984.
Quand j'affirme que je fais "mienne" l'œuvre de Jabès, je ne veux pas du tout dire l'adapter à "mon style". Au contraire, je veux "écrire Jabès", écrire à l'écoute de [1] Jabès, écrire en écoutant son français.
"... affirmer que la traduction est une interprétation, un acte de 'compréhension', etc. est une évidence égarante. Qu'il y ait de l'interprétation dans toute traduction ne signifie pas que toute traduction ne soit qu'interprétation ou repose essentiellement sur de l'interprétation. Le rapport à l'œuvre et à la langue étrangères qui se joue dans la traduction est un acte de 'compréhension' sui generis, ne peut être saisi qu'à partir de lui-même. L'interprétation vise toujours un sens. Or, la traduction dépend si peu d'une captation totale du sens, qu'à la limite, il faut toujours traduire des textes et des langues qu'on ne 'comprend' pas entièrement. L'acte de traduire produit son propre mode de compréhension de la langue et du texte étrangers, qui est différent d'une compréhension herméneutico-critique."
Un étudiant me demande ce qui m'a soutenu dans cette traduction de si nombreux volumes de Jabès. Je réponds : La convoitise et le plaisir pris à détruire.
Haroldo de Campos a écrit un flamboyant essai sur la traduction [1] : "Si la traduction n'a pas de muse (ainsi que Walter Benjamin l'a observé), on pourrait néanmoins affirmer qu'elle a un ange gardien." Cet ange est Lucifer, et une bonne traduction devrait de droit être appelée "translucifération". Pourquoi ? Pas seulement parce que Lucifer est l'Ange de la Lumière, mais parce que le traducteur, comme Lucifer, dit non serviam. Il dit non à "la relation apparemment naturelle postulée entre forme et contenu" dans laquelle le contenu est considéré comme dominant en tant que "présence interne" ou esprit."Les mots pensent différemment selon la façon dont on les assemble."(Michelle Grangaud, Poèmes fondus, P.O.L, 1997)
Avec la parution de Soir, ici intégralement traduit pour la première fois, Pierre Mréjen et Christian Mouze poursuivent un programme d'édition tout à fait unique de l'oeuvre akhmatovienne en France. Riche de dix volumes à ce jour, l'entreprise se distingue par la qualité remarquable de ses traductions et la beauté chaque fois, autrement parfaite, de son geste éditorial.
La lecture du premier livre d'un auteur aimé est une expérience toujours émouvante. Dans Soir, 1912, la voix à nulle autre pareille d'une très jeune femme, merveilleusement vivante et libre, fait entendre ses qualités maîtresses : la "retenue très stricte, la précision et la force qui va droit au but" (1).Voix tragique, dès l'origine, au matin même de l'acméisme ; voix du renoncement le plus intime, déjà veuve, avant 14 et le "véritable vingtième siècle", avant l'hiver soviétique. A.A. y combine Arachné et Alexandra, toute à ses tissus, le front meurtri, déjà, par le fuseau. Comme les précédentes, une édition bilingue : beauté du cyrillique dont les lettres s'assemblent en soyeuses nuées mauves sur la page, quatrains le plus souvent, fragments, portés par le souffle d'une voix chaude et rauque, d'un roman d'amour ouvert, comme les lèvres d'une plaie, qui ne se referment. Mandelstam : la genèse de cette oeuvre est à chercher, non dans la poésie, mais dans la prose russe du siècle précédent. Ainsi du populaire Chant de l'ultime rendez-vous qui s'ouvre sur l'instant d'après la rupture, avec une saisissante économie de moyens :![]() |
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