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vendredi 5 août 2022

Cahier d'été

                                                                                                                            

 

La maison veuve avait

porté devant sa porte 

 

cette progéniture

adolescente/ancestrale/transie 


'Fauvette plaintive'

 

Adolescente

 

'Muance'

 de blâme


Ancestrale

-ment transie


Dans l'attente


'famine'


Désire la forme

 

Saura prendre forme  ?


Ne se voit transmise

du tympan aux osselets

 

Vibre    sonore d'expectative

 

'Clochette des murs'  


A quand la naissance du chant ?

                    -

"Abandon nourrit 

nativité"

 

(promise par la maison

mère c'était la chance 

d'une seconde langue)


Lui se demandait Que faire

 

"Patience"

 

de ce certificat de carence 

 

Ses fesses au pied du mur

habitaient la neige

 

Sa tête le siège d'un jeu 

d'osselets cruel bâtonnets 

de bois ses pensées jonchets 

 

D'hésitation —


En l'absence pour ses hoquets

de programme ou d'une grammaire


Pénètre difficilement  


Avec celui qui le hante

le monde qui l'entoure

 

[in Selves, extrait du Nœud Quatre] 


 

jeudi 4 août 2022

Cahier d'été

                                                                                                                                                      

L'un voudrait rassembler les preuves

de lui-même éparses dans l'anachronie

 

(lui-même épars dans l'anachronie)


L'autre enfouir la hache à long manche

dans la neige & le silence


(long silence témoin d'une irrespirable offense)


Couve le fils sous la cendre du père

son murmure avorté

 

Bâton en main fouille & fouit

puceau de la puissance de perdre


L'éloignement seul parfait l'étendue

(l'immensité plane devant lui l'évidence 

nue) 


& sur sa lèvre fusible s'excède ce chagrin

d'une température de transmission


Ignorant

sinon d'usage & d'exercice


dans un garde-manche

hypothétique


l'énergie 

du geste 

ancestral 

e

                      -

Ce qu'il sait savoir

d'orvet


Aveugle & mu

sur le chemin

 

d'une force inconnue

                  -

Petit passériforme 

 

Produit comme 

témoin béant

 

peu

 

'mâle'  Vêtu 

d'hiver hirsute

                   -

"Revenant au cratère"

sous la pluie torrentielle


Petit perdreau jouant

au démiurge dans la glaise


Cherchant bien du regard il avait cru trouver

de riches résidus de substances premières

 

L'argile vivante aux archives de la Terre.


[in Selves, extrait du Nœud Quatre] 

samedi 29 mai 2021

(Sans titre)

 une mémoire
à distance : par la lenteur
établirait le regard
plane horizontal
par objectivation qualifiée
sensible
dépose sur la plaque
un sfumato presque mouvant
l’image
un kaléidoscope brumeux
prendre la profondeur
             du champ
revisiter de l’œil
l’iris galactique
traîne de laitance
respire

               *

déploiements lents
du rayonnement
scintillements d’une
parole en prise aux pronoms
moteurs

vision tronquée – l’angle
mort – mis en sommeil
le temps, pause, avant
de retendre, silence
entre deux : silences

les omoplates, la colonne
vertébrale, une pression
réfractée – retourner
ici ou là
une face à lustrer

mercredi 10 mars 2021

W.

 Ouvrant  à la première page le cahier de maroquin rouge , j’écrivis

 


Obscurité

mienne


insécable

noyau


hors toute fiction 

en attente du fruit

mardi 7 avril 2020

Five ekphrastic refresh, 4

Onciale veille à l’acidité des sols        &
toute une assiduité infra 
forestière anomalise leurs jonctions.

Est-ce for est-ce da, est-ce  hors de lui 
au galop qu’ils l’aperçurent l’aperçoit           

de putréfactions approfondir toute
connaissance te cause 

l’œil circulant au Livre des racines-


signatures. Est-ce 
sous les pieds d’un roublev onagre

ou bien 'renard de la thrace'
approchant son oreille de la glace

(de l'iceberg bleuté cristallographe)

la terre resserrant dilatant ses nervures-tissus
te ramifiant dans l’ignorance du site

où tu la laisses

Nature ligature ses racines & 
'régénère l’une par l’autre ses figures'
     
Autant de têtes où diverses nécroses re-
versent aux déforestations les savoirs acerbes 

les ratiocinations essoufflées —

Par le souffle la voix    & par la  pulpe 
du doigt         tout le paysage de bulbe 

Respir inverse   & roublev sur sa lèvre vient
la ravine,   le moment exquis de la pesée 
en pouvoir être

Dans l’éboulis des surfaces 

l’à-pic de déflorations répétées ///
de répétitives profanations 

d’hosties  prosphora urticantes       & 
flagellation d’orties.

Dans une forêt glagolitique 

battent leurs paupières
coupées — sections rythmiques

d’intervalle entre les branches 

Toute une vie cérébrale & de quasi-
putréfactions d’eaux profondes

En eaux très profondes nage un roublev é-
tanche & varech son respir dans les arborisations

pulmonaires, aquatiquement 
se rebranche aux bifurcations 

du souffle en un cheminement
de racines dans de souterrains sospirs

Peintre-lamantin ou bien cellulairement
fera-t-il, lévitant, litière du souffle ?

Par toutes ses feuilles sucera-t-il
par tous ses pores aussi bien 

sucera-t-il sucera bien

la succion par tous ses pores ultra-
fins la substance de l’air littérale 

Du bout de son doigt rimé le gros thomas taquin
taquine-t-il le goujon un pansement d’humus à 

la joue quand lui darde l'abeille la pharmacie
d’une dernière question ichtyophage

En vérité s’appelle froma l’assistant
(l'éthiopien)

Ses lèvres menthent
& ses pieds déjà sentent
un peu le formage la charogne

De son pansement d’humus pénètre dare-dare 
la substance du nom brindille en guise de bâton

Soulève l’aile d’une grue

avale une couleuvre 
en  quoi consiste l’apprentissage ce matin 

Mais dans son dos l’archer a déclenché 
la flèche de sa lance

& roublev ne sait dire comment
ne saurait comment dire roublev

à quelle perversité s’en viennent 
ses lèvres à l'extrême

baiser leurs lèvres fraîches

vendredi 6 mars 2020

Noms propres (retour)

« I was born in the year 1632, in the city of York, of a good family, though not of that country, my father being a foreigner from Bremen, who settled first at Hull. He got a good estate by merchandise, and, leaving off his trade, lived afterwards at York ; from whence he had married my mother, whose relations were named Robinson, a very good family in that country, and from whom I was called Robinson Kreutznaer, but, by the usual, corruption of words in England, we are now called, nay, we call ourselves, and write our name, Crusoe, and so my companions always called me. »
Daniel Defoe, Robinson Crusoe, Collins classic, 2010 – 1

L’incipit du roman éponyme de Defoe est étonnant du point de vue de la nomination. Le héros indique l’origine de son nom, alliance de deux patronymes : Kreutznaer du côté du père et Robinson de celui de la mère. Il ne précise pas de prénom – Robinson n’en est donc pas un. Le nom propre étant corrompu par la prononciation anglaise, son orthographe change et devient Crusoe (avec la même terminaison que celle de l’auteur). L’utilisation de la forme passive (I was called, we are now called) insiste sur l’idée de convention du nom, reçu de l’extérieur (et que redouble la sociabilité : « and so my companions always called me », la manière de se nommer au regard des autres, dans la cellule familiale, communauté première du nousourselves, our). 
Alors qu’il dévoile son identité, le héros s’en dépossède et en indique le caractère fortuit, mouvant : dépourvu d’un prénom qui lui donnerait statut d’individualité au sein de la famille, son nom a été l’objet de changements, il est le résultat d’une convention sociale, circonstancielle, quelque chose comme une coquille vide, bien que marquée dans l’Histoire, et que son histoire viendra remplir, dans l’élaboration contrainte par la solitude, qui est aussi identité, existence propre, dans l’origine, aussi, du roman moderne.
Vendredi sera nommé, quant à lui, dans une convention sociale (le calendrier), qui renvoie directement à son histoire (« for the memory of the time »), le met en adéquation avec son identité, tout en le réifiant par un nom commun (le statut étrange des noms de jour et de mois), son statut de serviteur, de colonisé.
Passage aussi, de celui qui est nommé, à celui qui nomme, quasi démiurgique.

*

« Thus it was that the following day saw us bound for Chetwin Lodge, near the village of Chobham in Surrey. » 
Agatha Christie, The big four, Berkley books, 1984 – 43

Passer du lieu particulier au plus large, comme sur l’adresse des enveloppes, de l’inconnu à ce qui, tout en étant plus large (le Surrey), apporte une précision au nom propre initial (Chetwin Lodge). Chemin paradoxal du propre vers le commun, qui sert aussi à définir le propre, dans sa relation à ce qui fait un être dans le la langue, la communauté sociale. Je pense aussi au début de Salammbô, mais dire aussi ici la langue étrangère, et l’exotisme relatif du nom propre, comme la langue qui se construit petit à petit, à la compréhension. Un travail d’élucidation, qui rend plus mat, moins saillant, ce qui brille et gêne l’œil du lecteur – le mot inconnu, et plus particulièrement le nom propre, qui renvoie encore moins à quelque chose d’identifiable, comme effecteur d’imagination. 

*

« Celui-ci [Funès], ne l’oublions pas, était presque incapable d’idées générales, platoniques. Non seulement il lui était difficile de comprendre que le symbole générique chien embrassât tant d’individus dissemblables et de formes diverses ; cela le gênait que le chien de trois heures quatorze (vu de profil) eût le même nom que le chien de trois heures un quart (vu de face). Son propre visage dans la glace, ses propres mains, le surprenait chaque fois. »
Jorge Luis Borges, « Funes ou la mémoire », Fictions (traduit de l’espagnol par P. Verdevoye), Gallimard, 1957 – 144

La mémoire infaillible de Funes, encyclopédie de souvenirs personnelle où chaque détail est gardé, conservé, et dans un renvoi constant aux impressions passées, le confine en même temps à un présent perpétuel, celui qui fait sans cesse différer (introduit la différence, mais aussi un délai) la nomination. L’identité devenant impossible, le nom l’est aussi – la convention même du miroir renvoyant à l’infini des changements, et à l’impossibilité de se reconnaître, de s’associer à une forme d’immuabilité. Le « propre » disparaît dans ce qui, paradoxalement, affine la connaissance intime que l’on peut avoir de soi, infiniment précise, et qui détruit toute idée de soi, autrement que comme être percevant l’individuation perpétuelle. Et c’est ce qui fait pourtant la particularité de Funes.

*

« Devant la maison, tout près, s’étendait le Parc Sauvage. Je donne à chacun de ces deux mots une majuscule, comme s’il s’agissait d’un nom propre, d’un nom de personne (nom + prénom : nom : « Parc », prénom : « Sauvage »). […] Dans la sphère privée des nominations, cette portion d’une propriété des Corbières, dont le nom public était Sainte-Lucie, aurait reçu un nom : Parc Sauvage (avait reçu : le conditionnel porte sur le statut de la nomination, non sur la matérialité. Je ne l’invente pas aujourd’hui, comme nom propre d’un territoire de souvenirs. Ma mémoire en hérite.) »
Jacques Roubaud, ‘le grand incendie de Londres’, La Boucle, Seuil, 2009 – 493

« […] effecteur de mémoire […] »
Jacques Roubaud, ‘le grand incendie de Londres’, Poésie :, Seuil, 2009 – 1489

Deux outils : le nom propre comme lieu et effecteur de mémoire. A la fois, il circonscrit un espace de mémoire, le souvenir étant alors reçu non pas comme un indice temporel, mais une matérialité quasi géographique, à explorer, où l’on peut dérouler un cheminement, un bloc frangible, reconstructible, ductile… Et dans le même temps, il agit aussi de façon elliptique, comme une périphrase du souvenir (je pense à Jean Roudaut), qui met en branle toute une mécanique et à partir duquel peut se mette en route l’exploration.
Une direction, un trajet, vers la marge.

vendredi 22 décembre 2017

samedi 19 août 2017

Idée du rêve (Binswanger)

"Mais on voit que, si cette interprétation est exacte, le sujet du rêve n'est pas tant le personnage qui dit 'je' (dans le cas occurrent, une promeneuse qui arpente les bords interminables d'une plage), mais c'est en réalité le rêve tout entier, avec l'ensemble de son contenu onirique ; la malade qui rêve est bien le personnage angoissé, mais c'est aussi la mer, mais c'est aussi l'homme qui déploie son filet mortel, mais c'est aussi, et surtout, ce monde d'abord en vacarme, puis frappé d'immobilité et de mort, qui revient finalement au mouvement allègre de la vie. Le sujet du rêve ou la première personne onirique, c'est le rêve lui-même, c'est le rêve tout entier. Dans le rêve, tout dit 'je', même les objets et les bêtes, même l'espace vide, même les choses lointaines et étranges, qui en peuplent la fantasmagorie. Le rêve, c'est l'existence se creusant en espace désert, se brisant en chaos, éclatant en vacarme, se prenant, bête ne respirant plus qu'à peine, dans les filets de la mort. Le rêve, c'est le monde à l'aube de son premier éclatement quand il est encore l'existence elle-même et qu'il n'est pas déjà l'univers de l'objectivité. Rêver n'est pas une autre façon de faire l'expérience d'un autre monde, c'est pour le sujet la manière radicale de faire l'expérience de son monde, et si cette manière est à ce point radicale, c'est que l'existence ne s'y annonce pas comme étant le monde. Le rêve se situe à ce moment ultime où l'existence est encore son monde, aussitôt au-delà, dès l'aurore de l'éveil, déjà elle n'est plus." 

(Michel Foucault introduisant Le rêve et l'existence de Ludwig Binswanger, in Dits et écrits, Gallimard Quarto, tome 1).

mardi 11 juillet 2017

Relations d'un voyage vers L. (9)



*****, &c.






C.,

moment reporté, remis, puis élaboré plus loin : c’est redire le temps de voyager, de se transporter, de dévisager – toi, comme tu portes ce que j’envisage aussi, ici déjà, et sans doute, sûrement, bien, ainsi que tu sais le faire.
Je suis, comme beaucoup trop souvent, dans la lenteur, l’abstraction des menues choses quotidiennes, l’hésitation, la rêverie projective, à l’arrêt, sentinelle de base-arrière. On songe rarement à la vitesse en elle-même, en calant départ-arrivée,  à ce qu’elle fait travailler dans la reproduction mentale des images, vignettes sériées du vagabondage, de la déambulation, si j’en supprime origine et but, fins. Vitesse de sédimentation, comme on dit en analyse sanguine, quand bien même cela n’a aucun rapport avec le flux : il y a ce qui pousse et ce qui se dépose. Rétine comme un lieu actif, œil mouvant, scrutant – sentinelle, disais-je, astronome, avec réglage du télescope, de la focale, mouvements brefs rapide, mise au point, myope et hypermétrope, correction à l’instant, vue d’ensemble et gros plan – kino eye. Et puis, dans une liaison parfaite, la plaque sensible, dessin de lumière, nitrate d’argent, dépôts successifs de pigments sur la surface toilée, comme une chute, obliquité des photons, un travail dans les strates. Et c’est là que se jouent les rapports entre durée et mouvement, dans ce qui se transfère malgré nous, y compris dans ce qu’il y a de plus actif et volontaire, ce qui se déploie sur la surface miroitante de la mémoire-corps. On jouera plus tard à ce qui se révèle : apparition lente du spectre coloré dans l’émulsion. Une mousse, bulles d’étonnements – tiens !... je n’avais pas vu, pas regardé, fait attention… –, fige, précipite ce qui va rester : amas désordonné de corde, palans, voiles aux noms exotiques, poissons variés, si l’on navigue – et c’est un peu ça l’histoire de L’Île au trésor : qu’est-ce qui reste quand l’aventure est terminée, qu’est-ce qui justement survient ?
Mais je m’y égare, c’est mon usage maladroit, gaucherie coutumière, comme si partir m’était déjà perte, errance – mais avons-nous partagé autre chose, dans les sinuosités de nos rencontres aléatoires ?
Tu te souviens sûrement de cette exposition que nous avions visitée il y a quelques années, chacun de notre côté, dans des mouvements un peu désordonnés qui nous faisaient parfois nous croiser, sourires un peu gênés et observation de l’autre en train d’observer. En sortant, nous avions été boire un thé – un earl grey dont j’associe maintenant systématiquement la parfum de bergamote à ce moment – et nous avions recomposé un regard commun, avec le manque et le ressouvenir. C’était comme revoir deux fois. Nous nous étions promis d’y retourner, mais nos occupations avaient pris le dessus.
J’y reviens parfois en songe, laissant au manque sa place, fantôme de rien,

et toi, dans le regard, la reconstruction, allure constitutive, etc.

(illisible)


PS : Peu à peu, les racines de l’orchidée se dessèchent, les feuilles se strient de ravines, les fleurs s’étiolent, les pétales pendent un peu. La faire tremper, comme on ressuscite.

lundi 10 juillet 2017

Relation d'un voyage vers L. (8)



*****, &c.






C.,

ton atelier : je me souviens que tu y fabriquais, par gestes méticuleux, précis, de petits moteurs, mouvements perpétués, mécanique circulaire, machines pour rien. Une songerie en actes – toi, en souhait, dans le rayonnement, cet enthousiasme répété.
Retraçant, de mémoire, un autre parcours, projeté, rai lumineux, je m’aperçois qu’il se double toujours d’un itinéraire bis, en exposant, aspiration presque inconsciente ou inclinaison vers l’ouvert. Une présence conjointe se transporte en parallèle, accompagnement comme un bourdon, un drone sonore, insecte volant en retrait, en regard, comme on dit sur le bout de la langue ou dans un coin de la tête. Doublement de la ligne continue du déroulé, la vision se présente doublée, ivresse du va-et-vient entre les images reçues et données, on pense à l’hôte, Janus biface et duplice, dans le décalage infime qui change tout l’ordre des choses. Route de la route, lieu du lieu, il s’y trouve systématiquement emporté dans une aspiration différente, autre et altérée, à moins que l’acuité s’en trouve développée, par un effet de réfraction curieuse, volontaire dans cet effort vers notre altérité interne – à moins que ce ne soit  l’image de l’autre – toi comme dans une visée retardée, échafaudée dans une combinaison d’abstraction et de sensualité de l’œil, objet de la saisie. Je ne suis pas sûr d’être très clair, et cela te ferait sans doute sourire – bavardage ramassé, bégayé, balbutiements.
Il est parfois difficile d’exprimer son point de vue, lorsque justement il se situe dans la distance qui nous sépare de deux perceptions ou jugements. Je tâche, du moins, d’y trouver ma place et d’y préparer la tienne, à défaut de la partager. Une incompréhension mutuelle s’installe parfois mais redonne sens à une complicité par vagues, virtualité franche et perpétuelle, je crois, dans l’affection qui nous lie en micro-communautés.
Regard commun, fléchage virtuel – c’était peut-être ça, dans l’idée.
Une nuit, nous avions observé le ciel, dans une campagne presque totalement dépourvue de nuisances lumineuses. C’était dans la période où nous traversions les Léonides et pendant de longues minutes, assez inattentif ou bien mal orienté, je ne pus percevoir aucune étoile filante, alors que tu en voyais plusieurs. Bougonnant, je t’accusai de mentir, et tu me plaisantas sur cette mauvaise foi. Puis nous en aperçûmes une au même moment, cette traînée de lumière scellant une réconciliation dans notre petit jeu un peu théâtral.
 C’est ainsi que se constitue le temps précieux de la connivence, du règlement accepté, reproduit comme un pas de danse, leste et de biais, dont tu sais si bien jouer, appropriation dans la convergence des gestes, bras et mains dans une chorégraphie des regards.
Partage des tâches conventionnel, pour nous y retrouver, cet entre,

te laisser t’y adonner à ta promenade, suivant le lit des rus, ruisseaux, rivières, etc.

(illisible)


PS : Une orchidée est posée près de la fenêtre, fleurs un peu obscènes dont la couleur rose et violacée, vive, tachetée, durable, m’enchante néanmoins, dans l’idée du cycle, qui n’est pas tout à fait la fatalité résignée du bouquet, traces, dès la coupe, de poussières.