(Elle figure calme
dans l'herbe, re
nouée)
(Elle respire encore
au bord du chemin
que tu savais)
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jeudi 24 août 2017
dimanche 2 juillet 2017
un degré
une
ratiocination
quand en retour de
mécanisme ancien
dire
un ou une
or séparer joindre
impression prime
ouvrir
une marche
telle clarté grisâtre
partant vers neutre
pronom
en prise
tu d’investigation
une
folie espacée
duelle rapprochant
classer
faire jour
dimanche 11 juin 2017
Le flou
"Ce flou était-il évitable? Le sens, dans une phrase, se donne de façon séquentielle. La séquence dispose des mots; elle indique entre eux des trajets syntaxiques et des affinités sémantiques. Cette composition, qui rythme l'apparition, ne relève qu'en partie de la grammaire et de la logique. Car le sens, du moins en littérature, appelle à sentir autant qu'à comprendre. Il fait voir et il touche; il réagit. Il n'a ni la validité d'un syllogisme ni la valeur de vérité d'une proposition, pas même la substance d'un contenu. Dans les parages de la signification dominante des mots, il fait tache, il s'écoule et s'étend. Il se produit, éventuellement il se traduit dans d'autres langues, mais il ne peut se dire. Après qu'on a lu la moindre phrase d'un roman, son sens continue de frémir, de se déformer, de vibre, et c'est en vain qu'on tenterait d'en clore le contour. (Il n'existe pas de paraphrase.) Car on a joué sur la tension du sens, on a pincé la corde pour faire entendre les harmoniques. L'effet global demeure essentiellement instable, des ondulations le traversent. Où le sens est vivant, le flou est nécessaire."
Pierre Alferi, Chercher une phrase, Christian Bourgois, coll. "titre", 42, 2007, IV
jeudi 25 février 2016
Lent retour (W.)
"Si bien qu'il suffirait, à ceux que hante la perspective du retour, parce qu'ils pourront y vérifier, sitôt franchi le seuil de l'appartement, d'un regard posé sur la chaise vide ou le lit défait, qu'éclaire la lumière clinique, sordide à force d'être blanche, de la lampe, le fait même, simple et solide, de leur inexistence certifié dans sa nudité la plus abrasive, une certitude irréfutable qui vous saisit en quelque sorte à la gorge, un vide du coeur et de l'esprit qui, instantanément ou presque, vous annule et vous anéantit, si bien qu'il aurait suffi, après avoir longtemps marché dans un état presque second, de s'étendre dans cette douceur que la fatigue vous accorde quelquefois et de fermer les yeux, pour qu'un sommeil semi-comateux, presque aussitôt, qui s’apparenterait assez à une perte de connaissance, vienne et vous prenne, et comme une vague vous emporte dans une inconscience peut-être nauséeuse, mais où aucun rêve intempestif n'aurait plus sa place, avec un peu de chance, et vous restitue naufragé de la veille au rivage du lendemain. "
mercredi 24 février 2016
La pluie avant qu'elle ne tombe (souvenir de Westwerende)
"J'entendrais presque tomber la pluie, assis sur le sofa, la table basse en face et le piano dans l'angle, le couvercle de bois noir refermé sur le clavier, elle glissait à la surface d’un silence laqué, depuis si longtemps attendue qu'en résonnait presque à mon oreille l'illusion désaltérante, entendue. Elle tombait sur l'ardoise humide où, posant un pied nu, sur les dalles alors légèrement glissantes, je laisserais monter jusqu'à mes hanches la chaleur attiédie, la moiteur bienfaisante de la pierre à peine humectée, alors qu'en contrebas, sur l'avenue Chopin, lentes et lourdes, exploseraient les premières gouttes. Une senteur s'élevait brusque, anabase grisante et âcre, d'eau bue par l'asphalte brûlante, assoiffée, mais si fine par la suite, et si peu soutenue dans son débit, que dans mon imagination très vite l'illusion ruisselante finissait par s'en tarir, la douce résonance liquide. Je me lèverais, et traversant sans bruit la pénombre du couloir, j'irais tirer un verre d'eau froide au robinet de la cuisine."
mardi 22 décembre 2015
Un trou dans le ciel de papier
" — La tragédie d'Oreste dans un théâtre de marionnettes ! vint m'annoncer M. Anselme Paleari. Marionnettes automatiques, de nouvelle invention. Ce soir, à huit heures et demie, rue des Préfets, numéro 54. Ce serait le cas d'y aller, monsieur Meis.
— La tragédie d'Oreste ?
— Parfaitement ! D'après Sophocle, dit l'affiche. C'est probablement l'Electre. Maintenant, écoutez un peu quelle idée bizarre me vient à l'esprit ! Si, au point culminant de l'action, exactement quand la marionnette qui représente Oreste va venger la mort de son père sur Egisthe et sa mère, on faisait une déchirure dans le ciel du petit théâtre, qu'adviendrait-il ? Que ferait Oreste ? Dites-moi ?
— Je n'en sais rien, répondis-je en haussant les épaules.
— Mais c'est bien facile, monsieur Meis ! Oreste se trouverait terriblement déconcerté par ce trou dans le ciel.
— Et pourquoi ?
— Laissez-moi dire. Oreste sentirait encore les ardeurs de la vengeance, il voudrait les satisfaire avec une rage impatiente, mais ses yeux, à cet instant, s'en iraient là, à cette déchirure, d'où à présent toutes sortes de mauvaises influences pénètreraient sur la scène, et il sentirait les bras lui tomber. Oreste, en somme, deviendrait Hamlet. Toute la différence, monsieur Meis, entre la tragédie antique et la moderne, consiste en cela, croyez-moi : un trou dans le ciel de papier.
Et il s'en alla, traînant ses savates. "
Luigi Pirandello, Feu Mathias Pascal, chapitre XII, traduit par Henry Bigot.
vendredi 17 juillet 2015
Le cheval sauvage
" Qu'on le condamne ou qu'on l'exalte, on ne peut nier l'existence du cheval sauvage qui est en nous. Galoper immodérément ; tomber épuisé sur le sable ; sentir la Terre tourner à toute vitesse ; éprouver — littéralement — une bouffée d'amitié pour les pierres et les herbes, comme si l'humanité s'était éteinte, et quant aux hommes et aux femmes, qu'ils aillent se faire pendre — il n'y a pas moyen de surmonter le fait que ce désir nous prend assez souvent."Virginia Woolf, La Chambre de Jacob, traduit de l'anglais par Adolphe Haberer, Folio Gallimard, chapitre XII, page 227.
Mrs Willowes
"Durant les dernières années de sa vie, Mrs. Willowes était passée maîtresse dans l'art de fuir les responsabilités, et sa mort ne sembla que l'expression achevée de son talent. Elle s'éteignit, comme si elle avait dit en bâillant à la manière délicate d'un chat : 'Je crois que je vais me retirer dans ma tombe', et était sortie de la pièce en laissant traîner son châle blanc."
"I went nowhere, I knew no one, I did nothing."
Sylvia Towsend Warner, Laura Willowes, traduit de l'anglais par Florence Lévy, précédé d'un Portrait de STW par Jacques Roubaud, Folio Gallimard, p. 43)
mercredi 24 décembre 2014
samedi 3 mai 2014
Incipit
❝ E da quando ho saputo che sarei diventato cieco che ho cominciato ad amare la pittura.❞Daniele Del Giudice, Nel Museo di Reims, Einaudi, 2010.
samedi 8 février 2014
Aléas
Le Nain Géant
(Stock,
1993, L’Arbre vengeur, 2011), de Marc Petit, se veut, dans sa structure
rocambolesque, un hommage à la littérature feuilletonesque du XIXème
siècle : chapitres brefs, rebondissements accélérés, chausse-trappes,
déplacements géographiques d’un héros-narrateur dans sa quête d’un jouet
improbable, le Nain Géant, invention de son défunt père, la plus importante de
son époque (et qui oscille entre jouet, automate, ouvrier mécanique, golem…
avec de multiples références historico-mythiques).
La lecture est haletante, comme celle du
feuilleton (avec les procédés habituels de fin de chapitre en suspens), mais
aussi troublante, dans une mimétique onirique liée à la difficulté de recréer
mentalement les liens entre les divers épisodes : l’avancée du lecteur est
celle d’un explorateur de terrier – loin de trouver une ligne droite, il découvre
une structure mouvante, au gré des déplacements de celui qui l’a construite. La
visite de l’atelier du créateur du Nain Géant est de ce point de vue
exemplaire : entre la découverte d’indices, celle d’un passage souterrain
humide, se produisent des glissements dans la narration qui démarrent
l’aventure de l’écriture, dont le lecteur cherchera une cohérence dans la suite
du texte.
« C’est le propre des personnages de
douter d’eux-mêmes, comme c’est le propre du conteur de les rassurer, à moins
que ce ne soit le contraire […] » (171), s’amuse le narrateur, nous
mettant aussi dans la position d’une marionnette prise dans les fils capricieux
de l’auteur. Un flou orchestré.
Un livre blanc proposera une solution à la
quête : se jouant du lecteur, du narrateur et même de l’auteur en tant que
maître de son projet, Marc Petit élabore un objet où ce qui se joue, justement,
c’est le moment de lecture, mis en abyme dans le récit – « […] ni la
droite, ni le point n’existent. Ce ne sont que des mots. Le moi n’est qu’une
façon de parler, la réalité est un prétexte, la vérité est elle-même une pure
invention, un simple effet de langage. Le fond des choses est qu’il n’y a rien
du tout » (346) ‒, moment fort
jubilatoire au reste, pour un nain géant.
*
« If
the study of literature arises from our concern with texts, there can be no denying
the importance of what happens to us through these texts. For this reason, the
literary work is to be considered not as a documentary record of something that
exists or has existed, but as a reformulation of an already formulated reality,
which brings into the world something that did not exist before.” (Wolfgang
Iser, The Act of reading, A theory of
aesthetic response, The John Hopkins university Press, 1978 ‒ x)
*
Arthur Rimbaud nous y enjoignait dans les Illuminations : « trouvez
Hortense. ». H est un texte
énigmatique qui a donné lieu à de multiples interprétations-solutions plus ou
moins fantaisistes : le petit bloc de lettres demeure insoluble.
*
Un coup
de dés…
dimanche 15 décembre 2013
Usage du présent
❝ Et l'après-midi bascule dans le soir avec la même incertitude rituelle, et tu annotes la ligne d'horizon en prenant soin de ne pas oublier le mot abricot. ❞
Lisa Robertson, Cinéma du présent, traduit de l'anglais [Canada] par Pascal Poyet, dans L'usage, numéro 5, décembre 2013.
mardi 5 juillet 2011
Le Monde
" Il n'était pas guéri, c'était le monde - les hauts peupliers, les fermes trapues dans les champs, les corbeaux gros et lents, les mûriers alignés au bord des chemins, le profil estompé des montagnes, la petite brume avalant continûment les deux bouts de la route - c'était le monde qui finalement n'était pas beau ni laid mais un précaire et vaste château de cartes, un jeu de mots posé sur cette surface blanche, tenu ensemble à force d'obstination et porté à bout de bras par l'humble peine des autres et par la sienne aussi, qui ne valait pas plus ni pas moins que la leur. C'était un monde qu'il fallait toujours inventer, peut-être à l'image de cette lente modification du même paysage, un monde tout aussi entêté à se faire qu'à se défaire et qui, l'espace d'un instant, pouvait même avoir une certaine beauté, comme dans le geste machinal de cette vieille paysanne qui en se signant envoie un léger baiser chaque fois que l'on passe devant la moindre chapelle, croix ou niche, ou comme dans les graciles constructions des ses propres pensées, même les plus folles. Parce que ce monde, et cela oui avait changé, se laissait parler, l'incitant même à fouiller dans l'énorme forêt de ses noms, s'empressant de lui en suggérer toujours des autres. Ça fourmillait de mots, ils se bousculaient, ils voulaient tout dire à la fois. Avec la sensation d'être pris dans un vertige grandissant, exaltant, il se disait que non seulement il y avait un nom pour chaque type d'essence par exemple, mais toute une foule de mots pour chaque arbre, absolument unique de la cime aux racines et nourrissant de sa sève autant de mots que de feuilles en été, et qu'il y aurait encore plus de mots pour les visages des gens et même, qui sait? des mots ayant assez de flair pour suivre la trace impalpable de leurs pensées... et que peut-être le monde n'était lui-même que son propre immense récit."
Uccio Esposito Torrigiani, Aller loin (Verbigo I) , Room 108 ltd - 32-33.
mercredi 6 octobre 2010
Chacun est commis voyageur

(Pavese par Frédéric Pajak in L'immense solitude, PUF,1999)
"Tout voyage est une agression. Il vous contraint à faire confiance à des inconnus et à perdre de vue le confort familier du foyer et des amis. On est en perpétuel déséquilibre. On ne possède rien en dehors de l'essentiel - l'air, le sommeil, les rêves, la mer, le ciel -, toutes choses qui tendent à l'éternité ou du moins à ce que nous en imaginons." (Cesare Pavese, cité par Philippe Beck, Un journal, Flammarion, p. 28)
mardi 6 avril 2010
De murmura rerum
19 octobre 1984
I am the in-going patient I am the out-going patient I am the infant language je n'ai connu que des cités cité de toi cité de toi cité en toi murmurante et j'ai connu des cités sans murmure la mienne mon être reclus de délire la prise imprenable et j'ai connu des villes où j'ai été tué à Londres fin septembre personne ne murmurait sauf un couple de la Ve dynastie au British Museum un couple qui marchait d'un pas fabuleux elle le tenait par la taille et c'est cela ce pas tenu qui murmurait ils sont les couples égyptiens les inventeurs de cette ancienne technique demeurante les couples allant murmure courant décollés du mur
Dominique Fourcade, Son blanc du un, P.O.L, 1986, p.17.
lundi 21 décembre 2009
Aucun lieu. Nulle fable.
"Rien n'est jamais dit. Et, toujours, dire ce rien. Perpétuelle naissance du poète. Et va-t-il s'arracher le visage ? Car c'est plus loin qu'il prétend voir, antérieurement à tout espace. Et qui l'emportera, d'un hurlement qui l'étrangle, ou de la joie qu'il ne peut pas communiquer ?
Nulle fable.
De l'un à l'autre silence, en égale question, le poème s'équivoque."
Roger Giroux, Retrouver la parole, in L'arbre le temps, Mercure de France, 1979, p. 19.
mercredi 16 septembre 2009
Piano
"[...] how to describe the world, to present myself to him, him to himself and me, leaving all necessary space and play, but also naming what was and still is. So, what is a vocabulary, what are the tunes to entail a permanent relation to existing conditions?" (Bob Perelman, in The Grand Piano, part 1, Mode A, detroit, 2006 - 10)The Grand piano est une expérience d'autobiographie collective de dix poètes Language à San Francisco autour du café du même nom, dans lequel avaient lieu régulièrement des lectures. Chaque volume se constitue autour d'une thématique et chaque auteur écrit un texte autonome, avec sa tonalité propre, qui cependant s'intrique avec les autres. La lecture se démultiplie au fur et à mesure qu'on avance dans le texte (car il s'agit bien d'un texte, mais multiple), devenant aussi le lieu d'un travail mémoriel pour suivre tel ou tel fil: si tout texte contient cette possibilité de multiplication de lectures, celui-ci donne l'impression de les dédoubler encore, comme le Tintin que voit le capitaine Haddock, passablement ivre, dans Tintin au Tibet. Chaque auteur, produisant son texte personnel facilement reconnaissable, étant en même temps l'auteur dans la totalité des volumes. Une expérience vraiment captivante, en cours de lecture.
mercredi 27 mai 2009
Avant-goût
"Memories geologists could not help but charts in words like galleries, labyrinths, pearl-filled lakes, unwind deeply underground." (Lisa Asagi, Physics, Tinfish Press, 2001)
lundi 3 novembre 2008
Après-coup / Avant-goût
" [...] comme on dit qu' "écrire n'a rien à voir avec signifier mais avec arpenter, cartographier, même des contrées à venir", et selon les principes de connexions qui font que n'importe quel point du parcours peut être connecté avec n'importe quel autre, et le principe de multiplicité qui fait qu'il n'y a plus ni sujet ni objet mais simplement des déterminations, des grandeurs, des dimensions qui ne peuvent croître sans que l'ensemble lui-même ne change radicalement de nature, et ainsi de suite, et c'est sans doute comme cela qu'il faudrait visiter les villes [...]" ( Eric Audinet, D'un voyage à Porto, éditions Stèles, 1993 - 15-16)
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