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vendredi 2 août 2019

samedi 7 octobre 2017

Ekphrasis

Introduisant son sujet d'invention (un incipit exploitant les techniques d'écriture réaliste étudiées en classe), une élève a écrit ceci, à côté du tableau de Goya qu'elle a choisi et dont elle a collé la reproduction sur sa copie  : "Le colosse n'étant pas réaliste, je prends en compte l'autre partie". Cette phrase est tracée sur la copie à gauche du tableau, au-dessus d'une ligne rouge horizontale qui vient couper l'image en deux, exactement à la hauteur des fesses du colosse. Sous cette ligne de partage, à droite cette fois, on peut lire ces mots : "Il faut prendre en compte la dévastation."

jeudi 24 août 2017

Une scorie (pour Jacques Roubaud)

(Elle figure calme
dans l'herbe,    re

nouée)

(Elle respire encore
au bord du chemin

que tu savais)

jeudi 17 août 2017

Branche I (Idée de la photographie)

Pendant un court moment seulement, au dix-neuvième siècle, avant l'invention du "positif" par Talbot, au temps du daguerréotype, le monde a pu apparaître tel qu'il se serait vu lui-même s'il avait pu se voir ; mais, par une ironie étrange, le daguerréotype était désarmé devant les objets en mouvement, et le seul portrait naturel d'un homme dans ce monde curieux d'au-delà du miroir que je connaisse est ce daguerréotype du boulevard parisien, dans une lumière d'après-midi, vide de chiens, de chevaux, de voitures, de promeneurs, où seule s'est fixée une silhouette parce que assez longtemps immobile, puisque c'est celle de quelqu'un en train de se faire cirer les souliers (on ne voit presque rien du cireur, parce qu'il bougeait, lui) : Paris, après une bombe à neutrons.

                                            (Branche un - Destruction - récit - chapitre 4 - § 44)

vendredi 3 mars 2017

Un degré



où se croisent les
lignes est un lieu
question espace
d’indécision ouvert
chevauchement d’
indices évidents
en diffraction où
les réunir dans le
mouvant du vif

se nourrirait de
déchets croûtes
diverses en résidus
visions à exposants

he who hesitates

vendredi 10 février 2017

Narrative room

"Dans l'ombre, l'heure va s'éteindre — l'heure retrouvée — au poignet aminci."

samedi 7 janvier 2017

Paris IVe, 29 rue Cassette, le 24 octobre 1907

"Bien que ce soit une de ses particularités d'employer pour ses citrons et ses pommes du jaune de chrome et une laque rouge ardent tout à fait purs, il sait en maintenir la sonorité dans les limites de la toile : elle retentit dans un bleu attentif exactement comme dans une oreille et en reçoit une réponse muette, de sorte que personne, au-dehors, ne se sente hélé ou interpellé. Ses natures mortes sont mystérieusement absorbées en elles-mêmes."

Rainer Maria Rilke, Lettres sur Cézanne, traduction Ph. Jaccottet, Le Seuil, coll. "Le don des langues".

dimanche 25 octobre 2015

Angelus Novus

THESE IX

A l'essor est prête mon aile
j'aimerais revenir en arrière,
car même si je restais autant que le temps vivant
j'aurais peu de bonheur.

Gerhard Scholem, Salut de l'Ange

Il existe un tableau de Paul Klee qui s'intitule "Angelus Novus". Il représente un ange en train de s'éloigner de quelque chose à laquelle son regard reste rivé. Ses yeux sont écarquillées, sa bouche ouverte, ses ailes déployées. Tel est l'aspect que doit avoir nécessairement l'Ange de l'Histoire. Il a le visage tourné vers le passé. Là où se présente à nous une chaîne d'événements, il ne voit qu'une seule et unique catastrophe, qui ne cesse d'amonceler ruines sur ruines et les jette à ses pieds. Il voudrait bien s'attarder, réveiller les morts et rassembler ce qui fut brisé. Mais du paradis souffle une tempête qui s'est prise dans ses ailes, si forte que l'ange ne peut plus les refermer. Cette tempête le pousse irrésistiblement vers l'avenir auquel il tourne le dos, cependant que jusqu'au ciel devant lui s'accumulent les ruines. Cette tempête est ce que nous appelons le progrès.

  (Walter Benjamin, Thèses "Sur le concept d'histoire", traduit par Michael Löwy, in Walter Benjamin : Avertissement d'incendie, Editions de l'éclat, p. 80).

                                                                                     ***

"Angelus Novus, continuai-je auprès du professeur interloqué, a la figure d'une bête sauvage, une gueule de lion, des ailes d'oiseau et des jambes de bovin, ses ailes atrophiées s'achevant par des mains humaines. C'est une figure composite qui évoque les créatures ailées protectrices des temples babyloniens et qui suggère aussi un arbre vivant. Cette forme incarne tout à la fois la trajectoire de l'Etre du cosmos jusqu'à la plante, à l'animal, et à l'humanité-ange. C'est aussi un lien vers le passé : il a beau annoncer l'être du futur, il marie les emblèmes des quatre Evangélistes en une seule image. La création de Klee atteint ici le stade ultime de la Parousie, de la Révélation.
"Angelus Novus est le nouvel ange parce qu'il n'est ni l'ange contemplatif en perpétuelle adoration de Dieu, ni le messager. Il est lui-même 'bonne nouvelle'. Il n'est pas seulement l'envoyé de la tempête, il est lui-même tempête. Nous ne le connaîtrons pas par les yeux, mais par les oreilles."

(Etel Adnan, Le Maître de l'éclipse, traduit par Martin Richet, Manuella Editions, p. 50)

jeudi 23 octobre 2014

Ève

❝ Dans la pénombre, sa voix était plus rauque et plus chaude que sous les ampoules nues du café de Don Miguel. 
Je n'imagine pas, songeai-je, que l'Ève du petit Cranach pût posséder une voix différente.
D'ailleurs, Cranach le Vieux serait un nom idéal pour un volcan éteint. ❞


Emmanuel Hocquard, Aerea dans les forêts de Manhattan, roman, P.O.L, 1985, p. 153.





dimanche 24 août 2014

Cahier d'essais

Étudiant de lumière
rien ne manque à ton tableau

Qu'un peu de vase dans les arborisations
pulmonaires.

                                                                     (Hyppolite Bayard, Autoportrait en noyé, 1840)

samedi 19 juillet 2014

Damage Control



"Un déplacement et un processus parallèle existent entre l'homme et les objets qu'il fabrique. L'homme, comme les objets qu'il fabrique, est lui-même le résultat de processus de transformation. Il n'est donc pas difficile de comprendre comment, de même qu'un matelas ou tout autre objet fait de main d'homme est affranchi de et transcende sa forme logiquement déterminée à travers la destruction, un artiste, conduit par des associations et des expériences résultant de la destruction d'objets faits de main d'homme, est lui aussi affranchi de et transcende son Moi logique."

               Raphael Montañez Ruiz, Destructivism : a Manifesto (1962)




Raphael Montañez Ortiz, Piano Destruction Concert, MUDAM Luxembourg,  le 11 juillet 2014.

lundi 3 mars 2014

Souvenir de Reims

❝ Et c'est ainsi que je me suis "endormi" de toutes ces bonnes raisons pour, une fois encore, me refuser à la vie neuve qui m'était offerte. Je dis seulement à Hélène : "Je n'aurais jamais cru que les tours de Notre-Dame fussent aussi hautes."Alors, nous avons quitté le parvis de la cathédrale. Lentement, nous avons descendu la rue Libergier. Maintes fois, nous nous sommes retournés pour la voir encore. Avant de prendre la rue Clovis, une dernière fois, je la regardai. Toute royale encore, mais simple, fine, et comme calfeutrée par une légère ironie distraite, d'un noir uni, éteint, fruste et précieux comme celui d'une statue égyptienne, la cathédrale me fit don d'une accablante douceur divisée de larmes. ❞

Roger Laporte, Souvenir de Reims, Illustrations de Lars Fredrikson,  Éditions Fata Morgana, 1972.


Descente de croix, Musée Saint-Remi.

mercredi 26 février 2014

Déjà le soir

" C'était déjà le soir. Il nous soufflait son haleine fraîche au visage, nous ranimant par sa fraîcheur, nous accablant par sa venue tardive. Nous nous assîmes sur un banc, près de la vieille tour. Tout fut en vain, dis-tu, mais c'est passé, il est temps de respirer et c'est ici le lieu pour cela."  

Franz Kafka, Récits et fragments narratifs, traduction Marthe Robert, Bibliothèque de la Pléiade, tome II, Gallimard.

mardi 11 février 2014

Série Roublev

❛  SPIRALES dans l'oeil
    mégalithiques

    ignore tout de l'art pariétal

    les peintures
    rupestres

    les empreintes d'aurochs
    aux parois manuscrites

    en dépit d'une dé
    pigmentation rapide

    sur la peau de l'image

    je collecte brin à brin
    la poussière

    achéiropoïète

    je souffle sur la paroi
    la poussière des âges

    mon doigt érectile devient
    pinceau soudain très précis

   à l'approche de la paroi
   la pulpe du doigt

   l'épreuve est tactile

   mon oeil un ongle noir
   dans l'angle mort ❜

Ukaz (D'après Roublev), lnk # 8, 2010.

mercredi 29 janvier 2014

Apologie de Donald Evans, 2.

❝  J'ai moi-même gardé le goût à demi ingénu d'observer les jardins de banlieue en soulevant le volet des boîtes aux lettres. Et c'est toujours un jardin différent de ce lieu où l'on pourrait se promener au soleil, lire à l'ombre, cueillir des fleurs. C'est le Jardin par excellence, un petit fragment de l'Eden, bien délimité dans le rectangle de la fente pareil à un timbre qui vivrait. Il paraît superflu de développer à ce propos l'analyse d'obédience freudienne qu'on attendait peut-être, et dont on connaît d'avance le résultat. Il vaut mieux chercher à comprendre pourquoi le timbre, qui ne fut pas pour Evans un but en soi, aura pris d'entrée de jeu pour lui ce caractère de passage exclusif, inévitable. Et l'on discerne plusieurs motifs. Les deux premiers se trouvent en corrélation étroite : tenter de surprendre le secret du monde, c'est aussi vouloir s'évader. Grâce au timbre, à sa thématique, il s'affranchissait en somme lui-même pour s'expédier ailleurs. Mais n'étant pas d'une nature audacieusement révoltée ou visionnaire, il demandait encore au timbre une sorte de garantie ou de protection : celles même du monde qu'en passant par le timbre il fuyait ou refusait. N'y décelons que l'ambiguïté d'une nature paisible et vulnérable, soucieuse de ne pas compromettre la poursuite de sa quête par d'inutiles conflits. Quête rien moins que conformiste, d'ailleurs, puisqu'Evans détournait sagement le timbre de sa fonction marchande, administrative, pour le transformer en objet superfétatoire, unique, non fongible, c'est-à-dire en oeuvre d'art. ❞


Jacques Réda
Affranchissons-nous
 Fata Morgana
1990

samedi 25 janvier 2014

Apologie de Donald Evans, 1.

❝  Depuis toujours, un doux entêtement l'inclinait à préférer aux choses leur représentation, et davantage une représentation de leur représentation dans le cadre des timbres qu'il inventait, imitant les vrais timbres, non cependant pour en augmenter inutilement la masse et se procurer l'illusion, constamment déçue et renaissante, d'assujettir l'ingouvernable : pour atteindre à chaque fois, par-delà cette masse ensemble morte et proliférante, l'univers plus réel, plus vivant, que les images lui avaient promis. Et ce qu'il représentait dans ses propres timbres n'était donc pas le monde, mais l'image plausible d'un autre monde presque semblable à celui-ci ; une approche du monde que tout enfant veut et sait voir à travers n'importe lequel de ces interstices qui le fascinent, parce que le vrai monde et son secret se tiennent de l'autre côté. ❞

                     Jacques Réda, Affranchissons-nous, Fata Morgana, 1990, pages 41-42.



     

samedi 12 octobre 2013

Petite annonce

Plan de la ville d'O de Michael Palmer fera l'objet d'une prochaine publication dans la collection lnk (# 35). Il s'agit de la première édition française de ce texte, qui coïncide avec le quarante-deuxième anniversaire de sa publication aux États-Unis. François Matton en a conçu et dessiné la première et la quatrième de couverture. 


          Les titres américains déjà parus dans la collection (hors-commerce) :

Peter Gizzi, Quatre pour Claude, traduit par Éric Pesty, # 4.
Rosmarie Waldrop, Time Ravel, # 6.
Jill Magy, "Confidence and Autonomy", # 10.
Susan M. Schultz, Memory Cards : Wolsak Series, # 13.
François Luong, The Symmetries, # 19.
Keith Waldrop, Intervalles, traduit par Alain Cressan, # 21.
Tom Mandel, Some Epigrams of Palladas + Partial Wave Form, # 24.
Alexander Dickow, Capitulation à l'absorption du métèque, # 29.
Cid Corman, Deux poèmes pour Anne-Marie Albiach, traduit par Françoise de Laroque (édition bilingue), # 31.

dimanche 5 mai 2013

Augenlider weggeschnitten — Paupières coupées

Caspar David Friedrich, Der Mönch am Meer, 1810.
Huile sur toile, 110 x 171, 5 cm
Berlin, Neue Nationalgalerie.
❝  Il n’est rien de plus triste et de plus pénible qu’une pareille situation dans le monde : être la seule étincelle de vie dans l’immense empire de la mort, le centre solitaire d’un cercle solitaire. Le tableau est là, avec ses deux ou trois objets pleins de mystère, pareil à l’Apocalypse ; on le dirait pris par les pensées nocturnes de Young ; et comme dans sa monotonie et son infinitude il n’a d’autre premier plan que le cadre, on a l’impression, en le contemplant, d’avoir les paupières coupées. Pourtant il ne fait aucun doute que l’artiste s’est engagé sur une voie nouvelle dans le domaine de son art, et je suis convaincu qu’on pourrait, avec l’esprit qui est le sien, représenter un mille carré de sable du Brandebourg avec un buisson de ronces où, solitaire, une corneille gonfle ses plumes, et qu’un tableau de ce genre ne pourrait manquer de faire une impression digne d’Ossian ou de Kosegarten. Oui, si l’on peignait ce paysage avec sa propre craie, avec sa propre eau, je crois vraiment que l’on pourrait faire hurler les renards et les loups : le plus puissant éloge, sans aucun doute, que l’on puisse adresser à ce genre de peinture de paysage. – Mais mes impressions personnelles sur ce merveilleux tableau sont trop confuses; c’est pourquoi, avant d’oser les formuler pleinement, j’ai décidé de m’instruire en écoutant les commentaires de ceux qui, deux par deux et du soir au matin, passent devant.

Heinrich von Kleist, Impressions devant un paysage marin de Friedrich, in Petits écrits (Oeuvres complètes, tome 1), Le promeneur, p.199-200.

samedi 17 décembre 2011

Description d'O

Paul Klee, Difficile voyage à travers O., dessin à l'encre, 1927.


"... faisons à l'aide d'un plan topographique un petit voyage au pays de Meilleure Connaissance. Du point mort, propulsion du premier acte de mobilité (ligne). Peu après, arrêt pour reprendre souffle (ligne cassée ou, en cas d'arrêts répétés, ligne articulée). Regard en arrière sur le trajet parcouru (contre-mouvement). Évaluation mentale de la distance couverte  et de celle qui reste (faisceau de lignes). Un fleuve fait obstacle, on prend un bateau (mouvement ondulant). En amont, on aurait trouvé un pont (série d'arcs). Sur l'autre rive, rencontre d'un frère spirituel qui désire également aller là où se trouve Meilleure Connaissance. De joie, on ne fait tout d'abord qu'un (convergence), mais peu à peu des différences surgissent (tracé séparé de deux lignes). Une certaine agitation de part et d'autre (expression, dynamisme et psyché de la ligne)."

Paul Klee, "Credo du créateur", in Théorie de l'art moderne, Folio essais, p. 35.

samedi 10 décembre 2011

Poem of desolation


                                            Clarence John Laughlin (1905-1985)
                                            Three vistas trough one wall, 1937