L'ombre d'une ville,
un quadrumane, une chambre d'échos
dimanche 12 juillet 2026
memoria sdrucciola /slick memory
mardi 27 janvier 2026
Suites restreintes (11-22)
11.
Suis libre
de larmes
dans la lumière
parturiente encore
de la fin du jour
12.
Libre d'alarmes
parmi tous les plérômes
de ruines sur cette terre
13.
Je parle d'ici
(d’une lumière intacte
quoique vestigial)
14.
Moi, l’éternel enfant
de la fin du jour
Imaginant la haute mer
(c'est vous) au jusant d'ici
sur la terre jamais ferme
15.
Ici j'attends, j'apprends à
le faire comme non faire
ombilical
16.
Pour mon oreille seulement
votre voix d'archive pas morte
enveloppe le nom d' 'attente'
autrement
que celui de 'larmes'
17.
(Reliure en attente
du livre, du vivre
cousus ensemble
de fils lents)
18.
Votre cécité décide
ma surdité à vous suivre
(diagonale antagoniste
d'une étrange filature)
19.
Du comptoir où
vous lisiez j'ai gardé
le souvenir précis
(et de vos chaussettes
tirebouchonnées)
20.
Vos doigts caressaient à nos yeux
les reliefs du littéral
au blanc de la page
21.
Du temps qui nous scelle
recommencer serait-ce
m'attendre toujours à vous
puisé vif par l'ouïe
dans cette tension source de l'assise
jusqu'à la verge
'comme je vous vois'
truite parmi les carpes
22.
Vivre et ralentir
travaux
Dans une attention exquise
à votre revenance
Je pourrais par exemple
sur le sable littoral
m'étendre jusqu'au vierge
de votre résonance
Par le ciel digital
serait portée à incandescence
l'empreinte du disparu
[Blaž Pubek, Suites restreintes. Trente-trois poésies fugitives pour Blanche Selva, Westwerende, Editions Turnèbre, Hors-commerce.]
mercredi 21 janvier 2026
Suites restreintes (1-10)
Tient
plus qu'il
ne promet
tient
moins —
'being
many
seeming
one'
: Poème
2.
Ténu té
tu il
tient
à
trois fois rien
: Poème
3.
Pari sur
le rien
tenu
sur
le nul le
non advenu
: Poème
4.
Jeune homme veux-tu
produire le sens à sa perte
: Poème
5.
Jeune homme, ou vieil
(votre coédification fragile)
Quel âge venu
à l'autre par l’oreille
par l'ailleurs orificiel
de quelle voix
Per
sonne adagio
juvénile en tardif
scherzo
6.
C'est une première fois, et pourtant
ne commence ni ne finit
là Qui ou Quoi
Qui le péril maltais, Quoi la burle éphésienne
'parvuli, fluctuentes'
: Un dé lance galactique
lance l'accord irrésolu
7.
Un énoncé à ta mer, dit:
'Tu n'iras pas plus loin'
8.
Alors que
de lame en lame
l'aporie se danse
de toi
à moi
ou d'un mouvement qui
eût été —
(j'y viens)
particulaire mouvement
de tes lèvres
9.
— Qui eût tété sur mes lèvres
toutes sortes de choses qu'il faudrait
se dire avec cette abondance
de lumière colossienne
10.
Induplicable dire
m'énonçant te prononçant
(puisque nous nous sommes épîtres)
: Poème
[Blaž Pubek, Suites restreintes. Trente-trois poésies fugitives pour Blanche Selva, Westwerende, Editions Turnèbre, Hors-commerce.]
vendredi 5 décembre 2025
219
Saint Columcille était mort
joachim de Flore était mort
Kamo no chomei était mort
Raimbaut d'orange était mort Arnaut Daniel était mort
Cavalcanti, Vasquin Philieul étaient morts
Shakespeare, Mark Twain, Trollope, Gertrude Stein étaient morts
je ne me sentais pas très bien
Jacques Roubaud, Autobiographie, chapitre dix. Poèmes avec des moments de repos en prose, 1977.
mardi 5 août 2025
Seule
la cendre sait ce que signifie brûler jusqu'au bout.
Je le dirai pourtant, après un coup d'oeil myope par-devant :
tout n'est pas emporté par le vent, et le balai
qui ratisse ample dans la cour ne ramasse pas tout.
Nous resterons, mégot fripé, crachat, dans l'ombre
sous le banc, où pas un rayon ne pénètre,
et, étroitement enlacés à la fange, comptant les jours,
nous nous ferons terreau, dépôt, couche culturelle.
Devant sa pelle maculée, l'archéologue ouvrira grand la bouche
en un hoquet : mais sa trouvaille tonnera
sur l'univers, comme une passion enfouie dans la terre,
comme la version inverse des Pyramides.
"Charogne !", soufflera-t-il, en se tenant le ventre,
mais il sera plus loin de nous que la terre ne l'est des oiseaux,
parce que être charogne, c'est être libre de ses cellules, libre du
tout : apothéose des particules.
Joseph Brodsky, poème sans titre, inédit, daté de juillet 1987, traduit par Véronique Schiltz, in Poèmes 1961-1987, Gallimard, 1987.
Jouve 1933
"La catastrophe la pire de la civilisation est à cette heure possible parce qu'elle se tient dans l'homme, mystérieusement agissante, rationalisée, enfin d'autant plus menaçante que l'homme sait qu'elle répond à une pulsion de la mort déposée en lui. La psychonévrose du monde est parvenue à un degré avancé qui peut faire craindre l'acte de suicide. La société se souvient de ce qu'elle était au temps de saint Jean ou à l'an Mil : elle attend, elle espère la fin."
Quelle position dès lors, et quelle définition de la poésie, dans un monde où "les instruments de la Destruction nous encombrent" ?
"Il n'y a pas à prouver que le créateur des valeurs de la vie (le poète) doit être contre la catastrophe ; ce que le poète a fait avec l'instinct de la mort est le contraire de ce que la catastrophe veut faire ; en un sens, la poésie, c'est la vie même du grand Eros morte et par là survivante."
'Inconscient, spiritualité et catastrophe', avant-propos à Sueur de Sang.
Mais
que l'écriture suppute la lecture d'une part, a dit Isham, et que l'auteur, d'autre part, ne demande pas de lecteurs, cela n'est pas contradictoire, tu crois ? - C'est mensonger peut-être, a dit Ibrahim ; mais contradictoire, non, cela ne l'est pas.
Danielle Mémoire, Noms, prénoms, titres et sobriquets (2023)