dimanche 16 août 2026

La douzième lettre

 Zilia a quitté sa « cabane roulante », elle entre dans la forêt :

« Que les bois sont délicieux, mon cher Aza ! Si les beautés du ciel et de la terre nous emportent loin de nous par un ravissement involontaire, celles des forêts nous y ramènent par un attrait intérieur, incompréhensible, dont la seule nature a le secret. En entrant dans ces beaux lieux, un charme universel se répand sur tous les sens et confond leur usage. On croit voir la fraîcheur avant de la sentir ; les différentes nuances de la couleur des feuilles adoucissent la lumière qui les pénètre et semble frapper le sentiment aussitôt que les yeux. Une odeur agréable, mais indéterminée, laisse à peine discerner si elle affecte le goût ou l’odorat ; l’air même, sans être aperçu, porte dans tout notre être une volupté pure qui semble nous donner un sens de plus, sans pouvoir en désigner l’organe. » (Françoise de Graffigny, Lettres d'une Péruvienne, 1742, Lettre XII.)

 Elle sort de la voiture, mobile hippomobile, et c’est moins ce resserrement de son voisinage humain qui lui importe, la sociabilité un peu contrainte qui doit en résulter dans l’espace confiné (si Déterville et une servante voyagent avec elle, aucun échange entre eux n’est rapporté) que la vue ouverte par les fenêtres de la voiture. Le récit dessine silencieusement un ordre des priorités. 

 Depuis ton habitacle-observatoire en mouvement, dis Zilia ce que tu vois : le flux imageant, discours des yeux, course du regard. « On croit ne trouver de bornes à sa vue que celles du monde entier ». Le regard dé-limite le monde aux confins de la vision. Voir, n’est-ce pas aussi toucher l’invisible ? Délinéation où le syntaxique restreint (par négation exceptive) quand le sémantique ex-panse, touche aux limites. L’œil circule, va et vient, se pose, se repose, s’excite, s’expose à l’expérience de son auto-dépassement par contacts à même l’étendue. Une immensité s’offre à la vue, qui dépose l’étendue, à la fois continuelle et discontinue.

Singulier pluriel. Zilia pénètre dans les bois, dans les forêts. Seule ou accompagnée ? L’hésitation semble permise : s’il y a quelqu’un ou si, merveilleusement, personne. Personne d’autre qu’elle : Zilia amie de la marche solitaire, comme cet autre dont le nom associe le début et la fin, la première lettre et la dernière, Za, venu prêcher la vertu qui donne. Ou bien il y a quelqu’un, quelque autre, avec elle : Déterville peut-être, qu’on imagine alors légèrement, respectueusement, en retrait, ou bien la servante, qui ne peut suivre parce que Zilia la distance de l’élan de son pas plus rapide, plus souple, plus avide aussi de découverte, de sensation nouvelle. Déterville, le cacique, comme Zilia l’appelle souvent pour rappeler les liens invisibles de violence et de pouvoir dans lesquelles leur relation est toujours déjà engagée, urine peut-être derrière un arbre, un buisson, plus loin.

 Les proches sont effacés, ou bien leur présence fondue, con-fondue dans l’emploi du pronom de la première personne du pluriel. Pronom fondateur, cas régime, comme autrui. Le pronom qu’elle choisit embraye donc sur nous : tandis que ciel et terre, dans une perception assise et à distance, « nous emportent loin de nous » - de nous clitique à nous génitif l’épanadiplose creuse l’écart, en une fissiparité un peu étrange, spéculaire, spéculative, nous nous voyons double, dédoublés - les bois, les forêts « nous y ramènent ». Mouvement centrifuge donc, qui emporte le centre avec lui, et mouvement centripète. Le mouvement du lointain et du proche. La phrase balance ses propositions : l’emportement subordonné en si mineur, concentration.

 Quand elle entre, dans les bois, les forêts, elle est pénétrée, et « nous » avec elle. Ce que noue le singulier pluriel que Zilia choisit (à quel nœud de quipu peut-il correspondre ?), quittant le je, ouvrant la destination, élargissant l’adresse – est entendu : c’est notre entente avec elle, notre inclusion inter-personnelle, à la fois singulière et plurielle, à son message. Ce dernier, de destination d’ailleurs flottante, incertaine, un peu bouteille à la mer, puisque du destinataire premier, au moment même qu’elle lui écrit, toute trace est perdue. Ce « nous » pense à nous, avec nous, il nous redemande (repetitio) attention. S’adresse à nous, autant et mieux qu’au prince Aza. Aza : dans le roman, lipogramme d’une adoration, d’une idolâtrie en trois lettres. Le pronom généralise aussi, il entend le faire. L’expérience sensorielle qui va nous être rapportée concerne tous et chacun, aussi bien vous que moi, – sensorium commune. Il (le pronominal singulier pluriel) nous prendra bientôt pour sujet pour objet, tentera de le faire, et ce sera comme une phénoménologie avant la lettre, faisant de ce nous le sujet et l’objet d’une expérience sensible, active et passive — une passibilité donc qui serait tout le contraire d'une impassibilité.

 Expérience sensible, expérience pour la pensée. J’y pense : nous homonyme translittère du grec ancien le substantif de la pensée : νοῦς.

D’une évasion (poésie fugitive). Zilia s’évade, avec l’autorisation de Déterville, tendre tortionnaire, chaperon et soupirant qui pleurniche, maudlin dirait l’anglais : un « je le peux », un « je le veux », l’un à côté de l’autre, mais ce n’est pas le même je, ce n’est pas le même jeu : entre leur deux corps il y a séparation, il y a désaccord ; le quipu-quiproquo forme le nœud de leur relation ; déployant la relation de cet homme et de cette femme comme malentendu et mésentente, entre éros et philia, nexus conjonctif et séparatif qui intéresse aussi l’Histoire d’une Grecque moderne de Prévost, publié en 1740.

 Elle sort de sa boîte, et nous la suivons, d’un mouvement qui n’est pas fuir, mais s’avancer, se porter à l’encontre. Encontre est un substantif susceptible d’exprimer le mouvement de Zilia dans le roman, c’est à dire prospectif et rebelle à la fois (l’inscription en faux du monde social). Zilia s’avance, d’elle-même, hors d’elle-même dans l’espacement d’une présence au monde, au seuil d’une expérience nouvelle, au-delà duquel nous la suivons, sans pouvoir tout à fait la suivre. Elle a dit son emportement loin d’elle, avec nous – l’allitération est en l : la consonne en langue latine désigne l’objet éloigné, uls, ille, olim, alius – elle a dit, sans les épeler, les « beautés du ciel et de la terre » devant elle, et autour ; d’une voix ravie les beautés d’une terre ferme, jamais ferme, découverte à ciel ouvert, et non sous couvert du temple. Elle a écrit « beautés », et le pluriel nous importe, dont on ne peut faire le tour, expérience esthésique, esthétique. Elles ne sont à personne : ni Aza, ni cacique, ni roi.

 Il semble bien qu’au moment de s’achever, la lettre de Zilia suspende l’instance narrative de son cours, emprunte le sentier de quelque petit détour, limesZ bifurque, s’évade vers ce petit a, à la limite de soi-même - finale du nom propre qui l’ouvre à quelque commencement, initiale d’une initiation qui prendrait le nom et le récit à rebours. A, voyelle de la bouche ouverte, et d’une réversibilité. Qu’elle vienne rencontrer un temps le seuil d’une autre aventure, la structure d’un nouvel horizon, à la limite de cette lettre qui va s’achever. Narrer, l’espace de quelques phrases, et comme elle touche à sa fin, une aventure d’une autre nature, qui met en jeu un corps (ce ne peut être que le sien) et les perceptions qui lui viennent, lui adviennent. Quoiqu’un partage de l’expérience singulière soit compris.

 Et l’incipit de cette expérience qui vient, nous pourrions utilement l’emprunter, je crois, à la formule d’entrée du conte de fées : « Il était une fois ». Parce que cela n’arrivera en effet qu’une seule fois dans le roman, un jour, la mise en intrigue du socius reprenant vite trop vite ses droits, et les lois d’une certaine optique obnubilante de l’analyse sociale, les mœurs de la fraction aristocratique de la société française (Zilia ne voit qu’elle, n’a d’yeux que pour elle) sous l’œil critique, le regard perçant/persan d’une Péruvienne à qui l’Europe est venue comme un taureau blanc dans la violence, le rapt et peut-être, le viol, et qui maintenant marche solitaire sur le territoire de la bête faramine.

 C’est un moment-frontière, comme un frontispice labile au seuil d’un livre qui ne sera pas écrit. Sinon dans cet incipit aérien suspendu à l’orée de la conclusion. La parole écrite et pensive de Zilia sort d’elle-même, elle aussi, elle néglige sa mission narrative. Le quipu du récit se dénoue, et Zilia, seule dans la forêt, desserre un peu ses liens, défaisant ceux du récit qui la relie à l’autre société. 

Autoscopie. Zilia revient à elle, elle est bien un être héliotrope, mais ce n’est plus le soleil in absentia de sa caverne péruvienne. Elle revient à elle, et c’est à dire son corps, et ce ne peut être ici le nôtre, le mien ou le tien ici le nous semble toucher une limite intime. Zilia revient à elle, dans l’approche et l’entrée de cet espace liminal, où l’usage du pronom s’éclaircit : dans la commune présence du pronom elle luit seule, en luciole dans la pénombre du sous-bois, mais c’est pour mieux perdre connaissance. Episode à la fois discret, et phénoménal. Zilia va s’étendre, elle n’en sait rien. Elle revient à son corps, ou bien est-ce lui qui se rappelle à elle ? Photosensibilité, héliotropisme : dans le texte de cette expérience (du) sensible qu’elle circonscrit pour nous, il n’y a pas d’ombre. Les mots captent une lumière, un lexique de lumières sensualistes s’engrène là, mais c’est pour aboutir à une syncope. 

Miroir. Zilia voit ainsi son corps (autoscopie) par ce miroir de l’écriture. Code graphique dont elle ne maîtrise pourtant pas le moindre signe, pas encore, en ce point précis de son histoire. Le miroir, « cette ingénieuse machine qui double les objets » dans la périphrase qu’elle en donne au début de l’épître, c’est l’objet de son admiration dans la Lettre X. Puis encore au début de notre Lettre XII.

« Donc, ajoute-t-il, un miroir est une machine qui nous met en relief hors de nous mêmes » dit un aveugle dans une autre lettre « à l’usage de ceux qui voient ».

Le miroir introduit au thème de la techné, d’une ingéniosité technique, un apanage européen, ressort d’une suprématie non advenue tout à fait – là où Zilia était de A jusqu’à Z une technicienne du sacré. Le miroir lui aura permis, une première fois, de devenir à elle-même ce corps visible en son reflet dans la lettre X. A ce double visible, elle n’adhère jamais tout à fait, qu’avec réserve. "Regard éloigné", regard singulier qui ne coïncidera jamais tout à fait avec son reflet : elle-même e(s)t une autre. Cette dé-coïncidence ne sera pas sans conséquences pour la suite du roman en tant qu’elle met en récit une pensée se faisant. Non-coïncidence de soi à soi où le roman joue le devenir de l’héroïne, dans la force d’une plasticité humaine qui refuse une certaine facticité sociale, repoussoir des mœurs établies, où se décide la résolution, la révolution indécise d’une forme d’une vie. Egoscopie.

 La spécularité affecte la syntaxe : On croit voir la fraîcheur avant de la sentir. Une odeur agréable, mais indéterminée, laisse à peine discerner si elle affecte le goût ou l’odorat. Une antériorité d’un sens sur l’autre. Une précédence, une hiérarchie sont subverties.

Doublage (de la voix). Le roman est marqué par le subterfuge de cette postsynchronisation narrative impossible de sa voix : l’apprentissage et la progressive maîtrise - mais dans le texte déjà actualisée – du français, que voudrait rendre vraisemblable la fiction d’une traduction postérieure par Zilia elle-même d’un texte longtemps inexistant : « les premières lettres de Zilia ont été traduites par elles-mêmes ». La traduction est là, présente comme un travail politique invisible, inexistant par ailleurs, de la voix. Le texte fait des nœuds en italique avec les langues : lexèmes amérindiens, quipos, le monolinguisme doit remédier à la fiction d’une autre langue qui est et n’est pas la sienne : Zilia parle une langue, ce n’est pas la sienne, elle n’est pas seule en ce cas. Beau présent à une belle absente dont on conserve quelques colifichets, survivances du rapt. Langue supplétive, comme si c’était une autre, au lieu où se noue à la vérité en quipos le récit pour Aza. L’italique est chargé d’imprimer l’étrangeté du mot français à l’oreille de Zilia, dans de la prose française. L’italique tient lieu, résonateur allophone, dans l'épître-monodie. Monolinguisme où le phénomène miroir revient.

L'ouvert. Ce qui surprend son corps et le suspend à l’ouvert : éveil des sens, ouverture, dans le désordre apparent de leur communication, confusion. Et aucun verbe ne suit les déplacements, le placement de son corps dans « les bois délicieux ». Corps parcouru, photographié ou tout comme, de l’intérieur. Autoscopie d’invisibles mouvements. La « chair » semble s’être évanouie comme par enchantement. La chair de son corps, et celle du monde tout aussi bien. Des bois, des forêts, Zilia ne fera pas description : des feuilles, de l’air, de la lumière tiennent lieu de repère. Repérage labile, sinon évanescent, de la scène en son inscape/escape, l’aérialité infuse/diffuse de sa texture. D’air et d’arbres, tout respire l’entre. La lumière euphémise son rayonnement au filtre du feuillage nuancier – excrite par l’oeil dans la perception des couleurs. Ils font le timbre particulier du lieu, par espacement, rareté. Lui fait écho l’indétermination de la source olfactive, à goûter. A la tradition rhétorique du locus amoenus, le texte concède l’ornementation d’une épithète conventionnelle, où s’annonce, au défaut d’un savoir, l’intuition d’une saveur. C’est délicieux, mon cher. Zilia parle un peu comme une marquise du bout du banc – c’est peut-être un effet de traduction sournois.

Selves. Les bois sont « incompréhensibles » par ce qu’ils nous font : parce qu’ils nous in-disposent, mouvement, é-motion, d’attirance, de séduction, d’involution. Quant à savoir vers quelle intériorité ils nous entraînent, cela doit rester en suspens, ou faire époque : profondeurs sylvaines, for intérieur, espace du dedans et sa réversibilité d’intime dehors ? De l’un ou de l’autre, de l’un et de l’autre, la « nature » détient le « secret » pour nous. (Un vocable, commun à deux langues, ce n’est pas le même, permettrait, à défaut de l’autoriser, ce voisinage des bois et du sujet, le singulier pluriel, et ce serait selves, pronominal pluriel réfléchi en langue anglaise, ou forêts vierges, les selvas de l’Amazone.)

Toucher, c’est se toucher, soutient un phénoménologue de la perception. De même, pourrait-on soutenir que le poème touche à sa langue d’un contact tout particulier, qu’il est seul à le faire, se lécher ainsi la langue dans le particolare de son dé-tail – quand il entend toucher au monde. C’est dans ce toucher-se toucher qu’il se rapporte à nous, et nous affecte. Rêver de transparence immatérielle, c’est être mauvais vitrier.

Station sur le seuil où ça commence, s’ouvre et s’opère en passivité apparente. 

La « machine merveilleuse ». La périphrase, qui désignait la voiture au défaut du mot manquant, désignerait aussi bien le corps de Zilia, corpus ego, par glissement tropique, hypallage-rappel de la tradition sensualiste. La métaphore matérialiste ouvre le corps. Elle introduit à la question de la techné et de son rôle dans la constitution du corps dit propre. Trop vite dit ? Le corps chrétien. Chez le philosophe, matérialiste enchanteur, philosophe-enfant qui pense analogiquement, la machine merveilleuse est "clavecin". 

Supplément. Dans l’assemblée de perceptions an-archique que le texte compose, que devient l’unité synesthésique des sens ? Où est-elle ? Ce tohu-bohu des sens (dé)concerte. On les dit cinq (autant de doigts que compte notre main, c’est commode). Cinq, il y en a pas plus ? Le texte semble bien répondre et suggérer, modalisant certes, qu’en effet il y a plus : quelque organe supplémentaire (et introuvable), ectopique (et illocalisable) qui procure un corps augmenté. Dans la phrase, l’air porte, apporte, propage « volupté ». C’est elle qui est auteure, hauteur du ciel, qui exporte la plénitude qui nous importe, de l’encontre dans la rencontre.

Ce qui est perçu (a-perçu, dys-perçu) dans la non-coïncidence d’un sens avec lui-même. Les cloisons ne sont pas étanches. La fraîcheur ne coïncide pas – comme elle devrait ? – avec le frémissement de la peau ou de la narine. Elle sollicite la vue à l’invisible. L’usage des sens : sont-ils des univers séparés ? Entre eux, des barrières, des frontières, des murs ? Discerner : séparer. Liaisons, déliaisons, finesse des articulations ; substitution, expropriation, vicariance. La question finira bien par se poser de l’antécédence et de la précédence : quel sens vient en premier ? Lequel est souverain, « au-dessus » des autres ? Question fallacieuse, que le corps du texte court-circuiterait, nouant spatialité et sensualité, assemblant sans rassembler. 

Ne se joueraient-ils pas d’elle, avec ou sans elle, du cloisonnement ? 

Déclosion du sens dans la venue adverse de l’un avant l’autre, à la place de l’autre : la fraîcheur se rapporte à l’œil avant de pénétrer la narine ou de toucher sa peau. Ou leur quasi-simultanéité déroutante. L’anticipation dérègle le schéma d’aperception : un espacement a lieu, un décalage temporel. Le corps devient le lieu. Le corps a lieu, dans la couleur locale, l’articulation partes extra partes.

Ici là. Porosités : la lumière s’euphémise au filtre du feuillage nuancier – dans la sensation des couleurs.

Sensation de la couleur inoculée par l’œil — communique sans médiation à la psyché – frappe de la lumière mordorée : il s’agit alors d’un évènement psychique. Corpus clavier, musique. Touché.

Il s’agit de toucher, sans contact visible apparent, sinon le visible devenu é-motion du monde.

L’odeur rapportée à la bouche, se pose sur la langue. Orifices, suavités, cavités, fosses : buccales, nasales. Rien pour l’oreille. Savourée, nasalisée : défaillance savoureuse, manque de discernement.

L’air – aer – est le milieu inaperçu, le diaphane : aucun ici ne peut être circonscrit dans ce script aérien, il s’évase au large d’un ça s’infinitise. Zilia s’étend, elle n’en sait rien.

Toute perception au final, selon le discours d’une certaine tradition philosophique, confinerait au tact, au contact, à une tactilité générale. Tous les sens, en un sens, un seul sens, transcendantal. Tous un, par toucher, con-tact : « Toutes nos sensations ne sont qu’une espèce de toucher. ». C’est à dire con-tact. Pénétration et donation.

« Volupté » à entendre comme l’intensif diffus d’une extension, d’une extension diffuse, d’une transmission, d’une transpiration du plaisir et du désir, du plaisir demeuré désir ? Pluriel du perceptif, dispersio fabuleuse, dans l’espacement qui fait sens, sensuel. Incorporation de la fraîcheur, de l’odeur. Elle expérimente une sensation conceptuelle.

L’hypothèse du supplément, l’implémentation fictive d’un organe manquant, fantôme inassignable ici, ectopique , supplément du plaisir intense. Organe absolu et innommable, qui nous augmente. Cela s’assemble sans se rassembler pleinement dans l’indivision réalité-plaisir laissée ouverte, flottante.


*   

« dans l’intervalle qui se produit entre savoir parler (s’articuler) et donner libre cours au corps - » (Helena Eriksson, Théorème de densité)


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