mercredi 21 janvier 2026

Tient

plus qu'il 

ne promet

 

 tient

moins

 

'being

many

 

seeming 

one


: Poème

*

Ténu té

tu il

tient 

à

 

trois fois rien


: Poème

*

Pari sur

le rien 

tenu 

 

sur 

le nul le

non advenu 


: Poème

Jeune homme veux-tu 

produire le sens à sa perte

 

(le périr en mer — la burle 

éphésienne)

 

: Poème

Jeune homme — ou vieil


A ton oreille per-

sonne l'adagio

juvénile en son tardif 

scherzo


A ton oreille orifice

par ailleurs de la voix


: Poème

Mouvement qui 

eût été —

 

           'parvuli'

 

qui eût tété 

dire et se taire 


Induplicable dire te prononçant

s'énonçant 

 

          'fluctuentes'


: Poème 

 

[Blaž Pubek, Suites restreintes. 33 Poésies fugitives pour Blanche Selva, Westwerende, Editions Turnèbre, sans date.] 

 

vendredi 5 décembre 2025

219

 Saint Columcille était mort

                                            joachim de Flore était mort

Kamo no chomei était mort

Raimbaut d'orange était mort        Arnaut Daniel était mort

Cavalcanti, Vasquin Philieul étaient morts

Shakespeare, Mark Twain, Trollope, Gertrude Stein étaient morts

 

je ne me sentais pas très bien 

 

Jacques Roubaud, Autobiographie, chapitre dix. Poèmes avec des moments de repos en prose, 1977.

mardi 5 août 2025

Seule

 la cendre sait ce que signifie brûler jusqu'au bout. 

Je le dirai pourtant, après un coup d'oeil myope par-devant :

tout n'est pas emporté par le vent, et le balai

qui ratisse ample dans la cour ne ramasse pas tout.

Nous resterons, mégot fripé, crachat, dans l'ombre 

sous le banc, où pas un rayon ne pénètre,

et, étroitement enlacés à la fange, comptant les jours,

nous nous ferons terreau, dépôt, couche culturelle.

Devant sa pelle maculée, l'archéologue ouvrira grand la bouche

en un hoquet : mais sa trouvaille tonnera

sur l'univers, comme une passion enfouie dans la terre,

comme la version inverse des Pyramides.

"Charogne !", soufflera-t-il, en se tenant le ventre,

mais il sera plus loin de nous que la terre ne l'est des oiseaux,

parce que être charogne, c'est être libre de ses cellules, libre du

tout : apothéose des particules.

Joseph Brodsky, poème sans titre, inédit, daté de juillet 1987, traduit par Véronique Schiltz, in Poèmes 1961-1987, Gallimard, 1987.

 

 

 

Jouve 1933

 "La catastrophe la pire de la civilisation est à cette heure possible parce qu'elle se tient dans l'homme, mystérieusement agissante, rationalisée, enfin d'autant plus menaçante que l'homme sait qu'elle répond à une pulsion de la mort déposée en lui. La psychonévrose du monde est parvenue à un degré avancé qui peut faire craindre l'acte de suicide. La société se souvient de ce qu'elle était au temps de saint Jean ou à l'an Mil : elle attend, elle espère la fin."

Quelle position dès lors, et quelle définition de la poésie, dans un monde où "les instruments de la Destruction nous encombrent" ?

"Il n'y a pas à prouver que le créateur des valeurs de la vie (le poète) doit être contre la catastrophe ; ce que le poète a fait avec l'instinct de la mort est le contraire de ce que la catastrophe veut faire ; en un sens, la poésie, c'est la vie même du grand Eros morte et par là survivante." 

'Inconscient, spiritualité et catastrophe', avant-propos à Sueur de Sang. 

Mais

que l'écriture suppute la lecture d'une part, a dit Isham, et que l'auteur, d'autre part, ne demande pas de lecteurs, cela n'est pas contradictoire, tu crois ? - C'est mensonger peut-être, a dit Ibrahim ; mais contradictoire, non, cela ne l'est pas.

Danielle Mémoire, Noms, prénoms, titres et sobriquets (2023) 

dimanche 13 juillet 2025

Détail, agrandissement

 "La nuit tombe vite. Cosmo allume la lampe et déploie sa carte (...). Il pointe du doigt l'une des nombreuses taches blanches et dit : Nous sommes maintenant à Jéricho." 

(W.G. Sebald, Die Ausgewanderten, 1992/Les Emigrants, Actes Sud, 1999, page 171.)

dimanche 5 janvier 2025

"Ni la vie .", ai-je écrit. c'est tout à fait ça.

 

 

"Tout cela je

ne l'a

vais   jamais


vu   c'est é

trange

j'attends le


tramway   j'attends

la mort

c'est un vieux

 

papier que je 

déplie :

et pourtant


la mort n'est pas

sépa

rée   la na


ture   n'a pas

de point

ni la vie"


Jacques Roubaud, Autobiographie, chapitre dix, poèmes avec des moments de repos en prose, 1977.