dimanche 24 février 2019

Donne, undone : 'The Good-Morrow.'


Mi chiedo in fede: che facemmo noi
prima di amare ? Divezzati ancora
non eravamo e allattati di rustici
piaceri, come i bimbi ? O russavamo
nella caverna dei Sette Dormenti ?
Fu così. Ma non erano che ombre
di piaceri. Se mai vidi bellezza
e la volli e la ebbi,
non fu che sogno della tua bellezza.

E ora buongiorno alle nostre due anime
che si destano e senza alcun timore
si vegliano, ché amore ogni orizzonte
chiude all’amore e di una cameretta
fa un ognidove. Restino alle nuove
terre i navigatori, e mappe nuove
scoprano ad altri mondi sopra mondi:
si lasci un solo mondo a noi, che abbiamo
ciascuno un mondo ed è un mondo ciascuno.

Nel tuo occhio il mio volto, il tuo nel mio
si specchia e cuori semplici e fedeli
riposano nei nostri volti: dove
trovare due più limpidi emisferi
senza Nord affilato, Ovest caduco?
Equamente non fu mischiato ciò che muore,
e i nostri amori sono uno e tu
ed io così fratelli nell’amore
che né l’uno né l’altro può mancare o morire.


[Traduction Cristina Campo]

'the meditation and modulation...'

"Le paysage emblématique de la poésie de John Donne ressemble à celui de la Melencolia de Dürer : un répertoire et un abrégé symbolique de toutes les activités humaines et occultes : livres, balances, globes, cornues, clepsydres, sphères armillaires, compas et lunettes d'astronomes. En toile de fond, les vestiges de cathédrales et de monastères célèbres sur lesquels poussent désormais le lierre et l'herbe, des lambeaux de chants liturgiques survivant aux processions vers les anciens sanctuaires : comme dans les sublimes Variations Walshingham de John Bull, comme dans les Pavanes et Gaillardes douloureuses de Philips au rythme desquelles, lors des fêtes à la Cour, les pieds squelettiques de la Reine esquissent une danse. Ses vers font entendre les échos mêlés de cloches et de cors de chasse, flourish and fanfare, marches funèbres et sons de clavicorde ; on y reconnaît le jargon du marché et l'argot du tribunal, les mots de la salle de garde et les balbutiements de l'alcôve, le lexique subtil et marmoréen de la théologie et le murmure des fontaines dans les jardins anglais, le cri mythologique de la mandragore et l'antienne des litanies, les sophismes spécieux du courtisan lascif et la tendresse grave de l'époux. Le tout est comme emporté par l'énergie puissante et imprévisible du grand théâtre de l'époque : le rideau de la poésie se lève sur une scène déjà commencée, sur une histoire plausible et piquante dont on ne sait rien mais que le premier mot éclaire. C'est le 'Who's there ? / Nay, answer me...' qui nous saisit le cœur au début d'Hamlet. Le panonceau qui au Globe et au Blackfriars tenait lieu de scénographie, pourrait ne comporter ici qu'une brève indication Une chambre. Une porte sur la rue. Un jardin. Et ce serait déjà trop."

Cristina Campo, Les impardonnables (1992), traduction Francine de Martinoir.

dimanche 27 janvier 2019

"... à la limite, la poésie, c'est la bibliothèque."


Une dédicace à...

tracée d'une fine écriture au crayon de papier, dans mon édition de l'Album d'images de la Villa Harris (Hachette POL, 1978) :

ce sont des figures passées,
simulacres chétifs des lieux
qui les ont émis. Sur le point
de se dissiper, des ombres.
Leur retraite, un livre.

Emmanuel
                           

Narrative room (incipit liber)

24 novembre


et les mots : l'ombre du dernier arbre.

jeudi 15 novembre 2018

Post scriptum

"Wittgenstein a attiré l'attention sur le fait que, quand nous 'comprenons' quelque chose, il se produit en nous une synthèse: nous 'comprenons' parce que des éléments qui semblaient sans rapport entre eux, ou dont les rapports apparaissaient mal, se trouvent soudainement compris dans une image qui n'existait pas l'instant d'avant. Il a montré qu'en ce sens, 'comprendre' est affaire d'imagination."

Jean-François Billeter, Quatre essais sur la traduction, Allia, 2018 - 85-86

mercredi 14 novembre 2018

Au traducteur, en écho.

"Je me suis demandé ce que c’est que ‘comprendre un texte’ et par quelles voies on passe, en cas de difficulté, de l’incompréhension à la compréhension. J’ai examiné comment s'était fait ce passage dans différents cas que j'avais rencontrés au fil des années, dans l'étude de textes anciens. J'ai essayé de montrer que, le plus souvent, la traduction ne vient pas après l'intelligence du texte, mais qu'elle est le moyen 'd'entreprendre' le texte, si je puis dire , de progresser méthodiquement dans sa compréhension."
Jean François Billeter, Quatre essais sur la traduction, Allia,  2018 -82